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Vera portrait2Je m’appelle Vera Ada Obiakor. J’ai 42 ans et je suis professeure depuis 17 ans. J’enseigne les mathématiques avancées et je suis la coordinatrice TIC au sein de mon établissement secondaire public de Kubwa. Depuis 6 ans, je me passionne pour la photo.

Mon école se situe dans une communauté semi-rurale de Kubwa sur le territoire de la capitale fédérale, Abuja, au Nigéria. J’ai décidé de créer le club et la section TIC après avoir constaté qu’un grand nombre d’élèves ne maîtrisaient pas l’outil informatique et que cela les affectait psychologiquement vis-à-vis de leurs autres camarades. L’ampleur des défis était considérable mais j’étais déterminée à tenter le coup. Mon école est subventionnée par le gouvernement et ne dispose que de 3 systèmes informatiques en état de marche, nous avons plus de 2 000 élèves et les pannes d’électricité sont monnaie courante : les élèves n’avaient donc aucune chance d’acquérir des connaissances pratiques en informatique à moins d’avoir une famille suffisamment aisée pour leur procurer un ordinateur. Sachant que l’école ne pouvait pas faire grand chose et que je n’étais pas en mesure d’aider tous les élèves, j’ai décidé de créer un club TIC. Je me suis dit que si j’apportais mon aide à quelques personnes, elles pourraient, à leur tour, changer le quotidien de bien d’autres encore.

Lorsque j’ai créé le club, j’étais consciente que je devais fournir tout le nécessaire de ma poche. J’ai acheté quelques ordinateurs d’occasion à une entreprise et je les ai alimentés à l’aide d’un vieux groupe électrogène. Ainsi, les élèves ont pu participer à de nombreux concours et ont remporté des prix grâce aux sites Internet qu’ils avaient créés et aux concours sur les TIC. Certains élèves de dernière année ont même recherché des thèmes pour leur examen final ainsi que pour un projet sur lequel ils travaillent. Toutes ces activités se déroulent pendant leur temps libre (les week-ends) afin de rassembler l’argent nécessaire pour louer un ordinateur portable et un groupe électrogène. De mon côté, je leur fournis un modem Internet. Pendant leurs cours gratuits, ils dispensent leur savoir à leurs camarades. C’est l’enthousiasme qui se lit sur le visage de ces adolescents qui me pousse à les prendre en photo.

Vera pupils1Je conserve les photos de tous leurs efforts et leurs travaux. Face à la compétition, j’avais davantage envie de raconter l’histoire de ces élèves issus d’écoles non-technologiques capables de rivaliser avec leurs camarades occidentaux. Aujourd’hui, les élèves sur ces photos ont obtenu leur diplôme d’études secondaires. L’un d’entre eux poursuit des études en informatique à l’université, un autre a obtenu une bourse en Ukraine pour étudier les TIC et l’ingénierie informatique, un autre encore étudie la communication de masse et le dernier fait des études à temps partiel et donne des cours d’informatique au club TIC de l’école.

J’enseigne également la photo aux élèves actuels du club. Compte tenu du taux de chômage élevé du pays, j’ai commencé à dispenser un cours qualifié auquel ils pourront avoir recours en cas d’impasse ou comme loisir en complément de leur revenu. Je leur ai appris à retoucher des photos afin qu’ils aient un avantage sur les photographes locaux. Ironie du sort, l’obstacle à cette discipline réside dans la disponibilité des appareils-photo numériques.

Bon nombre de parents et de tuteurs dont les enfants ont eu la chance de suivre des cours sur les TIC grâce à cette méthode étaient confrontés à l’achat d’un ordinateur. J’ai proposé un plan de paiements échelonnés ainsi qu’un groupe de prêts aux parents afin qu’ils puissent offrir un ordinateur d’occasion à leur enfant. J’ai également impliqué certains professeurs en leur montrant que s’ils prennent le temps de former les élèves sur leur ordinateur, ces élèves pourront devenir un jour les professeurs de leurs enfants ou petits-enfants.

Enfin, j’essaie de trouver une façon d’utiliser l’énergie solaire. Si j’y parviens au sein du club, je l’introduirai à l’école afin que les élèves en formation aux TIC puissent en bénéficier. Si tel est le cas, j’aurais au moins résolu le problème de l’approvisionnement en électricité des ordinateurs.

Vera Ada Obiakor

 

 

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