Sur le terrain

Le Soudan accorde une place officielle à l’apprentissage en ligne et à l’apprentissage mixte dans l’enseignement supérieur

Le Soudan a franchi une étape importante vers la reconnaissance officielle de l’apprentissage numérique dans l’enseignement supérieur, suite à l’adoption d’une nouvelle réglementation régissant l’apprentissage en ligne et l’apprentissage mixte dans toutes les universités du pays.

La décision n° 138 de 2026, signée le 12 septembre par le président du Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, confère à l’apprentissage en ligne et à l’apprentissage mixte un cadre juridique et réglementaire officiellement reconnu au sein de l’enseignement supérieur soudanais. Cette décision marque un tournant important : l’apprentissage numérique n’est plus considéré uniquement comme une réponse d’urgence à une situation de perturbation, mais comme une composante à part entière du système d’enseignement supérieur du pays à long terme.

La réglementation définit l’apprentissage en ligne comme l’utilisation de plateformes et de supports numériques pour dispenser des cours, transmettre des contenus académiques, communiquer et évaluer, que ce soit en temps réel ou de manière asynchrone. L’apprentissage mixte combine la présence en classe et en laboratoire avec l’apprentissage en ligne, en fonction des exigences de chaque programme et des normes de qualité applicables.

Pour le Soudan, cette décision intervient à un moment critique. Des années d’instabilité politique, la pandémie de COVID-19 et la guerre qui a débuté en avril 2023 ont exercé une pression considérable sur les universités, les étudiants et le personnel. De nombreux étudiants et universitaires ont été déplacés, tandis que des bâtiments, des laboratoires et des bibliothèques ont été endommagés. Au cours de cette période, l’apprentissage numérique a permis à certains établissements de poursuivre leurs activités d’enseignement, mais des questions relatives à la reconnaissance des diplômes, aux examens, à l’assurance qualité et à la réglementation restaient en suspens.

Ce nouveau cadre offre aux universités une base plus claire pour planifier et mettre en œuvre l’apprentissage numérique et mixte. Il ouvre également de nouvelles perspectives aux étudiants résidant à l’étranger, aux personnes actives qui ne peuvent pas assister quotidiennement aux cours, aux apprenants vivant dans des zones reculées et à ceux qui ne peuvent pas participer régulièrement à un enseignement en présentiel.

Cette décision s’inscrit dans la continuité d’initiatives antérieures menées par les universités soudanaises. L’Université nationale du Soudan a été l’un des premiers établissements à adopter très tôt l’apprentissage en ligne, après avoir participé à plusieurs éditions de la conférence eLearning Africa entre 2013 et 2019. Forte de ces expériences, l’université a mis en place des systèmes d’apprentissage en ligne en 2017, créé une plateforme éducative et développé des outils permettant de dispenser des cours, de partager des contenus académiques, de communiquer avec les étudiants et de suivre les progrès d’apprentissage à distance.

Cet investissement précoce s’est avéré crucial lors des crises ultérieures. Selon le professeur Bakri Abdul Karim de l’Université nationale du Soudan, l’université a pu utiliser sa plateforme numérique, sa bibliothèque numérique et le système de messagerie électronique des étudiants pour poursuivre ses activités pendant les périodes où la présence régulière sur le campus n’était pas possible.

La décision soudanaise met également en évidence un enseignement plus général pour les systèmes d’enseignement supérieur à travers l’Afrique. L’apprentissage en ligne ne peut pas réussir uniquement grâce à des plateformes. Il nécessite un approvisionnement électrique et des services Internet fiables, des systèmes numériques sûrs, la protection des données des étudiants, des mécanismes permettant de vérifier l’identité et de prévenir la tricherie, ainsi qu’une formation continue pour le corps enseignant, les étudiants et les administrateurs. Il exige également que les cours soient conçus pour l’apprentissage numérique, plutôt que de se contenter de transposer un cours magistral traditionnel sur un écran.

La fracture numérique reste un défi majeur. Tous les étudiants n’ont pas les moyens de s’équiper d’appareils adaptés ou d’accéder à Internet, et la connectivité varie considérablement d’une ville à l’autre, d’un État à l’autre et au sein des communautés déplacées. La mise en œuvre devra donc s’accompagner de politiques visant à soutenir les étudiants, à fournir des services Internet éducatifs abordables, à créer des centres numériques et à rendre les supports pédagogiques accessibles hors ligne.

La nouvelle réglementation soudanaise ne remplace pas l’enseignement en présentiel. De nombreux programmes, notamment en médecine, en ingénierie et en sciences, nécessitent toujours des laboratoires, une formation clinique et des travaux sur le terrain. Mais en reconnaissant l’apprentissage mixte comme faisant partie intégrante du système d’enseignement supérieur, le pays a créé un cadre susceptible d’aider les universités à devenir plus flexibles, plus résilientes et plus accessibles.

Si elle est correctement mise en œuvre et soutenue par des investissements dans les infrastructures, la formation et l’assurance qualité, cette décision pourrait marquer un tournant pour l’enseignement supérieur soudanais, en faisant passer l’apprentissage numérique du stade d’initiatives institutionnelles dispersées à celui d’un système national réglementé.

Rédigé par le professeur Bakri Abdul Karim, Université nationale du Soudan, B.karim@sarc-sd.org

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