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Une langue kényane en évolution constante trouve sa place sur Internet

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Translate Computer KeyImaginez que vous découvrez avec surprise, au retour de longues vacances, que la langue que vous parliez en partant a tellement changé qu’elle en est devenue incompréhensible. Votre père insiste pour être appelé mdosi et votre petite amie ne répond qu’au doux nom de mshakaji. Et plus question d’acheter des cigarettes : depuis votre départ, un rappeur a également popularisé un nouveau mot pour celles-ci.

Par Steven Blum

C’est exactement ce qui se produit pour les locuteurs de la langue Sheng au Kenya. Dans cette langue en évolution permanente, les mots sont constamment réactualisés, révisés et restructurés en fonction des tendances du moment.

« Quel que soit le Sheng que vous parlez et les mots que vous dites aujourd’hui, si vous partez, même pour trois mois seulement, tout sera périmé à votre retour », explique Octopizzo, un rappeur installé à Nairobi.

Le Kenya compte pas moins de 42 langues parlées, mais le Sheng s’apprête à les éclipser toutes pour devenir la langue de la jeunesse urbaine du pays. Originaire des bidonvilles de Nairobi, ce jargon basé sur le Swahili est composé d’un mélange de kiswahili, d’anglais et de langues tribales kenyanes auxquels se sont rajoutés des mots d’arabe, d’hindi, de français, d’allemand, d’espagnol et d’italien.

Aujourd’hui utilisé dans les publicités et dans les spots à caractère politique, le Sheng était à l’origine un argot secret utilisé par les gangs des quartiers les plus pauvres de Nairobi dans les années 1980 et 1990.

« Tous ces jeunes qui vivaient ensemble dans des quartiers surpeuplés de Nairobi avaient besoin d’un langage secret pour communiquer sans que leurs parents ne les comprennent », explique le professeur Mungai Mutonya, enseignant en sociolinguistique à l’université Washington de Saint-Louis.

Selon Kelvin Jecton Okoth, créateur de Go Sheng Services et futur orateur à la conférence eLearning Africa 2015, le Sheng est la langue « des négociations et des combats de la jeunesse kenyane ».

« La voix de la famille se transmet [aux jeunes] par les langues ethniques, synonymes de tradition et de patrimoine. La voix de l’éducation leur demande de placer le swahili au cœur de leur identité multiculturelle, mais le fait en anglais. » Le Sheng, au contraire, donne aux jeunes la possibilité de « remettre en question les idéologies et les identités qui tentent de les définir ».

Lorsqu’il a réalisé que le Sheng n’avait pas d’existence en ligne, Kelvin Okoth a créé le site Internet sheng.co.ke, qui est devenu le site de référence pour les locuteurs du Sheng. Les visiteurs y trouvent un large dictionnaire avec plus de 3 900 définitions, un forum dynamique, les traductions de paroles de chansons et des mots croisés.

Le projet a pour but de démystifier, de documenter, d’archiver et de développer la langue et la culture Sheng.

« L’évolution permanente de cette langue permet à chacun de se sentir représenté et d’avoir l’impression de rester maître de sa vie », ajoute Kelvin Okoth.

M. Okoth considère le Sheng comme suffisamment fédérateur pour réussir à unifier une population kenyane politiquement et ethniquement divisée.

« La langue et la culture Sheng restent, à ce jour, la seule initiative à avoir concilié le meilleur des multiples langues et cultures des tribus kenyanes. »



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