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Comment un garcon du desert a mis l’éducation à la portée de millions de personnes

Comment un garcon du desert a mis l’éducation à la portée de millions de personnes

Par Harold Elletson

Il fait très chaud et aucune brise ne vient agiter la manche à air installée le long d’une minuscule piste d’atterrissage dans le désert ouest-australien. Un petit avion apparaît soudain au loin, noyé dans la brume de chaleur. Dans l’un des bâtiments de ce qui peut passer pour une implantation en bordure de l’aéroport, un groupe d’enfants écoute, comme tous les jours, une radio à ondes courtes. Lorsqu’ils entendent le bruit du moteur, ils éteignent la radio, rangent leurs livres et se précipitent pour regarder le pilote poser son avion sur la piste poussiéreuse. Tous les enfants sont des aborigènes australiens à l’exception de l’un d’entre eux d’ascendance européenne. Il range soigneusement ses livres et les ajoutent à la pile qui sera emmenée vers l’avion.

La première scène du film qui retracera la vie de Martin Dougiamas ressemblera probablement à quelque chose de ce genre.

Martin Dougiamas, fondateur de Moodle, la plus grande plate-forme d’apprentissage au monde, a grandi dans le désert dans les années 1970 et a reçu une éducation extraordinaire que l’on peut considérer comme une des premières formes de formation à distance. Si l’on tient compte de l’avion, cette forme d’apprentissage était également assistée par la technologie.

« Je suis allée à l’école de l’air (‘School of the Air’), explique-t-il. C’est une institution très ancienne en Australie, qui a donné naissance à l’enseignement à distance. Nous étions en relation une fois par jour avec nos professeurs par radio à ondes courtes et nos devoirs partaient par avion.

« Lorsque j’ai fini par arriver dans une ville (Perth), j’étais en avance sur mes camarades. J’avais appris à contrôler mon apprentissage. Cela ne m’a pas fait de mal, au contraire. »

Le garçon du désert est ensuite allé à l’université pour étudier l’ingénierie.

Il a obtenu un master et un doctorat à l’université Curtin de Perth, qui fait maintenant partie du 1 % des meilleures universités du monde.

« J’ai étudié l’ingénierie. Puis j’ai découvert que j’étais surtout intéressé par les ordinateurs. Puis par l’architecture des ordinateurs. Ensuite, je suis revenu à Curtin pour y travailler. Je voulais en savoir plus sur l’éducation. »

Martin Dougiamas a alors commencé à combiner ses connaissances en ingénierie et en architecture informatique avec ce qu’il avait appris sur l’éducation.

« Il était clair que l’université était composée d’éducateurs et de techniciens. Mais il fallait quelqu’un entre les deux qui comprenne la technologie. L’institution n’avait aucun intérêt à me soutenir. Mais les choses ont fini par avancer. »

Martin Dougiamas a commencé par travailler dans un service d’assistance technique et se rappelle avoir essayé de comprendre comment l’université fonctionnait, comment elle communiquait et comment elle enseignait.

« Je passais mes journées à parcourir le campus pour parler à toutes les personnes qui y travaillaient. Il y avait 25 000 étudiants. J’ai réussi à avoir une vision d’ensemble des opérations et j’ai réalisé que tout le monde se débattait avec la technologie. »

Pendant cette période passée à l’université Curtin, Martin Dougiamas a commencé à développer les outils en ligne qui finiront par devenir « Moodle ». Conçu au départ comme une expérimentation destinée à transformer ses recherches de doctorat (sur « l’utilisation des logiciels open source pour appuyer une épistémologie socio-constructionniste de l’enseignement et de l’apprentissage dans les communautés de réflexion basées sur Internet ») en application concrète, Moodle a rapidement pris son essor.

En 2015, le système était devenu une des plateformes d’apprentissage en ligne les plus populaires au monde, avec 70 136 sites inscrits dans 222 pays.

Martin Dougiamas s’était basé sur deux concepts pour créer son système. Le premier était que la plateforme devait être modulaire.

« N’importe quelle « formation » est composée d’une série d’activités. Ces activités sont reliées entre elles pour former un programme plus long. Les outils destinés à ces activités sont éparpillés sur Internet. J’ai rapidement réalisé que je devais construire un système modulaire. La deuxième idée était que tous les composants devaient refluer vers une même page. J’avais dessiné une matrice qui montrait tous les flux de données. »

Martin Dougiamas estime que ce sont sa simplicité et son aspect pratique qui ont fait le succès de Moodle.

« Moodle est la plateforme d’apprentissage en ligne la plus utilisée au monde. N’importe qui peut la télécharger et l’utiliser. Les résultats sont impressionnants. J’espérais au départ que les gens comprendraient comment l’utiliser rien qu’en la regardant. Ils pourraient ensuite enseigner aux autres comme eux-mêmes avaient appris. Ils transformeraient l’outil pour l’adapter à leurs besoins. »

Malgré les résultats exceptionnels, Martin Dougiamas dit qu’il est « un peu déçu ».

« La qualité n’est pas tout à fait au niveau que je souhaiterais. C’est là-dessus que nous mettons l’accent en ce moment. »

Il continue cependant à croire en la valeur de l’apprentissage de masse en ligne et en la capacité de Moodle à continuer à se développer.

« Même la formation en ligne la plus simple peut être meilleure que n’importe quoi d’autre. Son potentiel est tellement énorme. »

Lorsque Moodle a commencé à se développer, Martin Dougiamas a dû faire un choix.

« J’avais besoin de revenus. Il fallait que je paye des gens pour qu’ils fassent des choses. J’ai dû choisir entre bâtir une grande entreprise et externaliser. J’ai décidé d’externaliser. »

Martin Dougiamas a créé un réseau d’entreprises partenaires, telles que Blackboard, qui paient des redevances pour utiliser la plateforme Moodle.

« Aujourd’hui, nous élargissons nos sources de revenus, explique-t-il. Nous mettons l’accent sur des projets de développement plus importants, des ONG et des gouvernements. Certains partenaires s’unissent et Moodle gère l’opération. »

Faire de l’argent n’est toutefois pas sa priorité. Il insiste avec une certaine fierté sur le fait que ses objectifs sont très différents de ceux des grands prestataires.

« Il y a une grande différence. Nous ne sommes pas axés sur le profit. Nous n’avons pas d’investisseurs en capital-risque pour nous réclamer des bénéfices. Nous n’avons pas de dettes. Pour moi, la viabilité est le critère essentiel. La principale question à se poser au sujet de l’open source est la suivante : est-il possible de construire des modèles pérennes ? »

Alors que Moodle continue à évoluer, Martin Dougiamas est convaincu que l’Afrique jouera un rôle croissant dans son développement, même s’il souligne que « nous ne sommes pas axés sur les profits, ce qui signifie que nous ne considérons pas l’Afrique comme un marché à exploiter ».

Il explique que l’application mobile de Moodle est « particulièrement utile pour l’Afrique ».

Sa présence à Kigali en septembre pour la conférence eLearning Africa marque peut-être un changement d’orientation pour Moodle et une reconnaissance de la montée en puissance des pays africains, même s’il admet que le continent n’a, jusqu’à présent, jamais été une priorité pour lui.

« Bien que Moodle soit beaucoup utilisé en Afrique, nous n’interagissons pas autant que nous le pourrions. Tout est une question de réseaux. Notre engagement n’a pas été assez fort. J’espère que la conférence eLearning Africa me permettra de rencontrer plus de monde et de trouver des moyens d’aider. »

Martin Dougiamas attend beaucoup des discussions qu’il aura à Kigali et a également de nombreux conseils à fournir.

« L’Afrique doit faire le maximum pour devenir un leader des technologies et de l’éducation, explique-t-il. J’encouragerais les pays africains à ne pas rechercher de solutions commerciales basées sur le cloud, associées à des frais de licence, etc. Ils doivent faire les choses au niveau local. »

Martin Dougiamas explique qu’il est « inquiet de l’approche de la Silicon Valley » et de « la tendance perturbante des grandes entreprises à prendre le pouvoir et le contrôle, en contrôlant les échanges avec un agenda culturel ». Les pays africains doivent « chercher et trouver eux-mêmes ce qui fonctionne pour eux ».

L’accent qu’il met sur la viabilité, plutôt que sur le profit, signifie qu’il est lié à Moodle.

« J’adore ce que je fais. Un jour, quelqu’un m’a offert 20 millions de dollars pour Moodle et j’ai dit non. J’ai trouvé ce que j’aime faire et je vais continuer à m’impliquer dans l’edTech. »

À propos de Moodle

Fondée à Perth en Australie, Moodle produit une plateforme d’apprentissage en ligne qui regroupe plus de 100 000 sites inscrits, soit plus de 130 millions d’utilisateurs à travers le monde. Conformément à leur mission qui consiste à « donner aux enseignants les moyens d’améliorer notre monde », les logiciels de Moodle apportent aux formateurs et aux apprenants des outils logiciels puissants et flexibles pour l’apprentissage et la collaboration en ligne.

Les logiciels de Moodle font partie intégrante du fonctionnement d’écoles et d’universités telles que l’UK Open University, l’université de Barcelone, Monash University, Columbia University, Shanghai International University et Mumbai University ; d’entreprises telles que Mazda, Allianz, Vodafone et Coca-Cola, ainsi que d’organisations telles que les Nations unies, World Vision International et le ministère de la Défense des États-Unis.

Le projet open source et le développement de Moodle sont soutenus par la communauté mondiale des utilisateurs et par un réseau de Partenaires Moodle certifiés qui proposent des services Moodle personnalisés et de l’assistance.

Pour en savoir plus, rendez-vous sur https://moodle.com.

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