
L’observation de la Terre est devenue l’un des moyens les plus efficaces pour comprendre les changements environnementaux, le développement des infrastructures et les pressions qui façonnent la vie sur le continent africain. Les données satellitaires orientent désormais les décisions relatives à l’agriculture, à la gestion de l’eau, à la croissance urbaine et à la résilience climatique. Pourtant, malgré son importance croissante, l’observation de la Terre reste éloignée de nombreux apprenants, souvent masquée par un langage technique et des outils perçus comme difficiles d’accès.
Fondée par Muongeni Tamara Manda, conférencière principale à eLearning Africa 2024, et Wallace Tapiwa Gara, EduNova Solutions a mis au point une approche de l’enseignement de l’observation de la Terre qui ne commence ni par les logiciels ni par les formules, mais par les images et l’expérience vécue. Leur travail repose sur trois principes fondamentaux : l’apprentissage visuel, la pertinence communautaire et l’application orientée vers un objectif. Dans de nombreux environnements d’apprentissage traditionnels, les images satellitaires sont présentées comme des ensembles de données complexes à décoder. Pour les débutants, en particulier ceux qui n’ont pas de formation technique, cela peut constituer un obstacle plutôt qu’une invitation. Le travail d’EduNova inverse cette logique en utilisant des visuels immédiatement reconnaissables : des images avant/après d’inondations ou de déforestation, des séquences en accéléré montrant l’expansion des villes, ou encore des illustrations simplifiées reliant des pixels abstraits à des paysages réels. Lorsque les apprenants peuvent voir le changement se produire, l’observation de la Terre cesse d’être une science abstraite et devient une manière de lire le monde qui les entoure.
Il est tout aussi important d’ancrer l’apprentissage dans les réalités du quotidien. Plutôt que de présenter des études de cas hypothétiques, les participants sont encouragés à identifier des problématiques qui comptent dans leurs propres communautés. Les données satellitaires sont ensuite utilisées pour explorer des questions telles que l’accès à l’eau, l’état des sols, les axes de transport ou les services publics. Ce passage d’exemples lointains à des préoccupations locales transforme la relation des apprenants à la technologie. L’observation de la Terre devient un outil pratique pour comprendre des défis familiers, et non une discipline détachée de la vie quotidienne.

La notion de finalité joue également un rôle déterminant. Dans une grande partie de l’Afrique, les communautés sont confrontées aux risques climatiques, à l’insécurité alimentaire et aux déficits d’infrastructures. Enseigner l’observation de la Terre dans ce contexte implique une responsabilité claire : les compétences doivent être liées à l’action. Les programmes sont également conçus pour ouvrir des perspectives de carrière dans les domaines des sciences de l’environnement, de l’urbanisme et de l’ingénierie, en reliant l’apprentissage en classe aux besoins émergents du marché du travail. Les leçons sont donc structurées autour de résultats concrets, qu’il s’agisse de produire une carte ou de contribuer à un rapport local. L’accent est mis moins sur la maîtrise des outils pour eux-mêmes que sur la compréhension de la manière dont les données peuvent éclairer les décisions et soutenir les communautés.
L’expérience tirée des salles de classe et des ateliers montre que la compréhension visuelle et les problèmes du monde réel engagent plus efficacement les apprenants, tandis que les outils sans contexte et les programmes déconnectés tendent à aliéner plutôt qu’à autonomiser. La collaboration et le mentorat sont essentiels, tout comme le fait de laisser une place à la créativité plutôt que d’exiger d’emblée une perfection technique. Lorsque les environnements d’apprentissage encouragent l’expérimentation et la résolution collective de problèmes, les apprenants sont plus susceptibles de persévérer, de s’adapter et d’appliquer leurs nouvelles compétences avec confiance.
Ces enseignements mettent en lumière un défi plus large pour les éducateurs, les décideurs politiques et les partenaires : aligner plus étroitement les modèles pédagogiques sur les besoins des communautés et les priorités des systèmes. Si l’observation de la Terre doit tenir ses promesses, les approches d’apprentissage doivent partir des questions que se posent les communautés, et non simplement des technologies disponibles. Cela nécessite une coopération plus étroite entre les prestataires de formation, les institutions gouvernementales et le secteur privé, ainsi que des modèles de mise en œuvre suffisamment pratiques pour fonctionner dans de vraies salles de classe. Les apprenants qui appliquent leurs compétences à des défis concrets ont également besoin d’une reconnaissance et d’un soutien durables.

L’observation de la Terre est souvent décrite comme des données provenant de l’espace, mais son importance se situe bien plus près de chez nous. Elle offre un moyen de comprendre les terres, l’eau et les villes – et d’agir sur la base de cette compréhension. L’enseigner à travers des méthodes connectées à l’expérience quotidienne ne se limite pas au renforcement des capacités techniques : cela contribue à préparer une génération à utiliser les connaissances de manière responsable et à élaborer des solutions adaptées aux réalités des lieux où elle vit.


















