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Renforcement des capacités en science, technologie et innovation : expérience et rôle de la Fondation pour le renforcement des capacités en Afrique

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Herbert Robinson, Directeur ; Robert Nantchouang, Expert principal en gestion des connaissances ; Barassou Diawara, Expert en gestion des connaissances, Département de l’Apprentissage et des Connaissances, Fondation pour le renforcement des capacités en Afrique, Zimbabwe

Au moment où les pays d’Afrique mettent en œuvre le programme de développement post-2015 et amorcent la première année du Plan de mise en œuvre du Programme 2063, on ne soulignera jamais assez le rôle de la science, de la technologie et de l’innovation (STI) dans l’atteinte des cibles et objectifs. À titre d’illustration, le Programme 2063 classe les STI au rang des principaux catalyseurs et aspects favorisant l’atteinte des objectifs de développement de l’Union africaine et ses états membres. Pour appuyer la mise en œuvre de ce programme, les pays africains ont adopté une Stratégie 2024 pour la science, la technologie et l’innovation en Afrique (STISA-2024). Étalée sur 10 ans, elle fait partie du Programme à long terme de l’UA centré sur les populations et étayé par les STI nécessaires pour l’atteinte des objectifs de développement durable (ODD) du continent.

En sa qualité d’organisme de l’Union africaine spécialisé dans le renforcement des capacités, la Fondation pour le renforcement des capacités en Afrique (ACBF) contribue de diverses façons au Programme pour les STI en Afrique. Depuis sa création en 1991 pour et par des pays africains et leurs partenaires, l’ACBF a contribué au renforcement des capacités humaines et institutionnelles dans l’optique de voir « l’Afrique assurer son propre développement ». À cet effet, l’ACBF a appuyé des interventions de renforcement des capacités dans plus de 45 pays et 6 communautés économiques régionales (CER) ainsi que pour la Commission de l’Union africaine (CUA) et ses organes. Étant donné l’importance des STI pour la transformation socioéconomique de l’Afrique, l’ACBF a appuyé plusieurs interventions en la matière et dans les domaines connexes par i) des programmes de formation ; ii) la production de connaissances ; et iii) l’organisation de plateformes d’échange et de coordination d’actions de renforcement des capacités en STI.

Programmes de formation

(1) Appui à l’Institut panafricain de science et technologie (AIST) pour améliorer la qualité de l’enseignement supérieur en science et ingénierie en vue du développement économique de l’Afrique. L’AIST est constituée de l’Université panafricaine des sciences et de la Technologie (AUST) d’Abuja au Nigeria ; l’Institut international d’ingénierie de l’eau et de l’environnement (2iE) de Ouagadougou au Burkina Faso ; et l’Institut africain Nelson Mandela des sciences et technologies (NM-AIST) d’Arusha en Tanzanie. Le projet bénéficiant de l’appui de l’ACBF vise à renforcer des capacités scientifiques et entrepreneuriales en sciences de la vie au niveau panafricain. Avec l’appui de l’ACBF et d’autres partenaires, l’AIST propose des installations de qualité supérieure pour des formations de second cycle, des études postdoctorales et la recherche. La Fondation contribue ainsi à combler l’écart entre la recherche et le développement industriel par des innovations technologiques efficaces favorables au développement économique durable du continent. Cet appui consiste à doter les institutions de capacités adéquates pour proposer des programmes de formation tout en mobilisant des ressources afin de compléter des subventions (surtout en faveur de personnes nécessiteuses, mais aussi des filles brillantes). L’appui aux programmes garantit aussi l’engagement de gouvernements africains et du secteur privé à soutenir des programmes visant la durabilité. Avec l’appui de l’ACBF, plusieurs étudiants de Master et de doctorat ont remporté divers prix internationaux, dont le Prix de la femme africaine pour le développement et la recherche en agriculture, grâce à plus de 385 articles publiés dans des revues accréditées avec évaluation par les pairs.

(2) Ouverture en 2018 d’un Centre de formation assistée par ordinateur (FAO) à Abuja au Nigeria, pour pallier les contraintes liées aux infrastructures technologiques. Pour renforcer les capacités de l’Institut de la fonction publique du Nigeria (PSIN) dans l’administration d’examens informatisés, l’ACBF a doté l’institution d’une subvention qui lui a permis d’acheter des équipements informatiques et des logiciels et d’étendre la capacité d’accueil de son Centre de FAO, de 90 à 170 places assises. Entre autres programmes de formation, le PSIN forme en technologies de l’information et de la communication.

Production de connaissances[1]

(1) Production de rapports majeurs sur la contribution des STI aux actions de renforcement des capacités de pays d’Afrique. Le Rapport 2017 sur le renforcement des capacités en Afrique (ACR), principale publication de l’ACBF, a porté sur « le Renforcement des capacités en science, technologie et innovation pour la transformation de l’Afrique ». Il présente un cadre de développement des STI, axé sur les dimensions de capacités en Afrique. Il examine l’état des lieux en matière de STI, passant en revue les initiatives, défis et écarts en capacité des pays africains, des CER, de l’Union africaine (UA) et des acteurs non étatiques menant des activités économiques impulsées par les STI. Au rang des principales conclusions, ce Rapport révèle que 91 pour cent des 44 pays africains étudiés envisagent la formation en STI comme étant hautement prioritaire ou d’une priorité absolue. Le Rapport recommande aux gouvernements africains de prendre de sérieux engagements visant à renforcer les capacités humaines et institutionnelles en investissant considérablement dans des universités de qualité, des laboratoires disposant d’équipements de pointe et bien entretenus, des infrastructures de TIC et des mécanismes de financement de la recherche.

(2) Production de produits de connaissances stratégiques visant à orienter les actions de renforcement des capacités en STI liées au Programme 2063. L’ACBF a publié une étude stratégique, à la demande de la Commission de l’Union africaine, sur les compétences techniques critiques nécessaires pour mettre en œuvre le premier plan décennal du Programme 2063. Cette étude démontre que pour réussir la mise en œuvre des 10 premières années du Programme, il faut pallier les écarts en capacités critiques, notamment en science, en ingénierie, et dans le champ médical. Par exemple, l’écart actuel de l’Afrique est estimé à plus de 7,4 millions d’ingénieurs, environ 1,8 million de spécialistes en eau et assainissement et environ 9,1 millions de médecins requis d’ici à 2023. En tout, l’Afrique ne dispose que de 144 chercheurs par million d’habitants, contre la moyenne mondiale de 1 027 chercheurs par million d’habitants. Plus spécifiquement, seuls 29 % de ressources de recherche du continent sont dédiées aux STEM (science, technologie, ingénierie et mathématiques) et aux sciences physiques. Ces conclusions mettent en lumière la nécessité de s’intéresser davantage au renforcement des capacités requises en STI au niveau continental.

Plateforme d’échange et de coordination des actions de renforcement des capacités en STI

(1) Stimuler des discussions tripartites entre les acteurs clés de l’enseignement supérieur en vue de promouvoir efficacement l’éducation, la science, la technologie et l’innovation (ESTI) en Afrique. En partenariat avec l’Union africaine (HRST) et le Forum des Universités régionales pour le renforcement des capacités dans le domaine de l’agriculture (RUFORUM), l’ACBF co-organise le premier Sommet extraordinaire du Comité des dix Chefs d’État et de Gouvernement désignés comme leaders pour promouvoir l’éducation, la science, la technologie et l’innovation (ESTI) en Afrique (C10). Le Sommet C10 vise à offrir un espace permettant de parachever la réalisation du Programme 2063 de l’Union africaine et des ODD par l’éducation et les STI. À ce jour, l’ACBF a appuyé la production d’études de cas nationales en STI dans12 pays : Cameroun, Éthiopie, Ghana, Maroc, Malawi, Nigeria, Rwanda, Sénégal, Afrique du Sud, Tanzanie, Togo et Zimbabwe. Ces études visaient à documenter l’expérience des pays concernés en matière de STI, et d’en tirer des leçons au profit d’autres pays.

(2) Promotion de l’échange des dernières technologies et bonnes pratiques en matière de STI, tant au niveau régional que mondial. L’ACBF a fourni un appui à la Banque africaine de développement pour l’organisation du 3e Forum africain sur la science, la technologie et l’innovation, tenu au Caire en Égypte en février 2018. Cette importante plateforme a permis de nouer des partenariats d’appui au développement en masse et de qualité supérieure des compétences techniques dont le continent a besoin. En véritable pionnière, l’ACBF fournit un appui aux centres d’excellence tels que les Instituts africains Nelson Mandela des sciences et technologies (NM-AIST).

Leçons apprises : quelques actions relatives aux futurs programmes de renforcement des capacités de STI en Afrique

Les actions de renforcement des capacités menées par l’ACBF au cours des 28 dernières années peuvent permettre de tirer des leçons pour les programmes et initiatives futurs en Afrique. La collecte, la compilation et l’augmentation systématiques des connaissances et des données relatives aux STI, de même que leur vulgarisation auprès du public et des acteurs clés sont autant d’actions critiques. La nécessité de documenter les actions efficaces, celles inefficaces et les moyens de renforcer effectivement les capacités en STI en Afrique, est encore plus importante.

L’une des principales leçons tirées des actions de l’ACBF, c’est que les programmes et projets de renforcement des capacités doivent être guidés par le principe de capital patient, d’appropriation par les bénéficiaires et de participation. Il s’agit aussi d’intégrer dès le départ des stratégies de rétention, d’utilisation, d’harmonisation et de durabilité des interventions. Par ailleurs, le principal obstacle à la mise en œuvre des initiatives de renforcement des capacités en Afrique demeure le financement, actuellement inadapté, imprévisible et non durable.


[1] Tous les produits de connaissances sont disponible en ligne sur https://elibrary.acbfpact.org/



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