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Les jeunes Nigérians sont de plus en plus nombreux à se lancer dans l’informatique

OlubodeI_ProfilePicIyadunni Olubode est directrice exécutive de LEAP Africa (Leadership, Efficacité, Responsabilité et Professionnalisme). Cette organisation a recours à des publications et à des programmes de formation pour tenter de toucher des milliers d’Africains, principalement des jeunes et des chefs d’entreprise. Ses programmes, qui traitent notamment du développement des jeunes, du leadership commercial et de l’éthique ainsi que du civisme professionnels, ont aidé de nombreux jeunes et entrepreneurs à acquérir des compétences cruciales, à partager conseils et pratiques, à lutter contre la corruption et à mettre en œuvre plus d’un millier de projets d’évolution sociale. L’équipe des News a réussi à intercepter quelques instants cette oratrice majeure d’eLearning Africa pour lui demander son point de vue sur son travail, son pays (le Nigéria), l’eLearning et bien d’autres sujets encore.

par Steven Blum

J’ai lu que, malgré une économie florissante, 61 % des Nigérians vivaient avec moins d’un dollar par jour en 2010. À votre avis, comment la croissance économique du Nigeria pourrait-elle mieux intégrer ceux qui ne travaillent pas dans les secteurs florissants du pétrole et de la finance ?

Il est dorénavant admis que l’économie nigériane souffre du « syndrome hollandais ». Même si les revenus du pétrole restent les principaux contributeurs du PIB, je pense qu’il devrait être possible d’accroître les revenus tirés des hydrocarbures en développant les capacités de raffinage du pays et en exportant des produits pétroliers au lieu du pétrole brut. Des opportunités de création d’emplois existent également dans le secteur des services pétroliers qui pourrait être largement développé. Ceci dit, il est clair que le développement durable requiert une économie mixte.

En tant que pays le plus peuplé d’Afrique, le Nigéria représente un énorme marché de consommation. Cette importante population offre de vastes opportunités dans le secteur manufacturier. L’agriculture a également les moyens de soutenir la croissance économique, que ce soit du côté de la demande ou de l’offre. En encourageant et en soutenant les investissements dans l’agriculture, le gouvernement pourrait créer un environnement propice à la croissance dans ce secteur. Toutes ces évolutions ne pourront cependant voir le jour sans la mise en place de partenariats public-privé efficaces. La collaboration est un des facteurs clés d’une croissance économique diversifiée.

À votre avis, quels sont les secteurs économiques qui offrent le plus de possibilités de création d’emplois au Nigéria ?

L’agriculture et les technologies de l’information ont la capacité d’embaucher une part significative de l’immense réserve de main-d’œuvre du pays.

L’agriculture offre de multiples possibilités à tous les niveaux de la chaîne de valeur (de la ferme à la fourchette) pour garantir la sécurité alimentaire locale et mondiale. Le montant de la facture des importations alimentaires du pays montre bien qu’il est possible de conserver une partie de cette valeur dans le pays. Les statistiques indiquent que plus de la moitié des produits agricoles sont gaspillés en raison du sous-développement des chaînes d’approvisionnement et de l’insuffisance des capacités de transformation existantes. Il existe, en outre, des terres non cultivées en abondance. La difficulté sera de parvenir à modifier la perception que les Nigérians ont de l’agriculture afin d’attirer des talents. L’agriculture doit passer du statut d’emploi « sale » pour analphabètes à celui d’entreprise rentable.

Les jeunes Nigérians sont de plus en plus nombreux à se lancer dans l’informatique. En développant leurs compétences dans des domaines tels que le développement de logiciels et autres travaux numériques, il serait possible d’optimiser l’utilisation de la technologie dans l’économie locale tout en ouvrant le Nigéria au marché mondial de l’externalisation.

La Banque mondiale estime que la forte proportion de jeunes sous-employés au Nigéria constitue une « menace sérieuse pour la stabilité économique et politique du pays ». Comment Leap Africa aide-t-elle les jeunes à acquérir les compétences dont ils ont besoin pour participer pleinement à l’économie du Nigéria ?

Chaque année, des milliers de jeunes diplômés nigérians rejoignent l’armée des chômeurs. Le nombre d’emploi est très limité par rapport au nombre de demandeurs. Paradoxalement, de nombreux employeurs se plaignent de ne pas réussir à pourvoir leurs postes vacants. Beaucoup de diplômés ne disposent pas de l’éthique professionnelle et des compétences générales indispensables à l’obtention et à la conservation d’un emploi, dans des domaines comme la communication, le travail d’équipe et l’intelligence émotionnelle. En effet, la formation à l’employabilité et l’expérience professionnelle qui se forge habituellement à l’occasion d’actions bénévoles ou de stages ne font pas partie de l’expérience universitaire de la plupart des établissements d’enseignement tertiaire du Nigéria.

C’est pour cette raison que LEAP a lancé un Programme d’employabilité en 2008. Le programme comble les lacunes existantes en dotant les jeunes de compétences générales qui maximisent leurs chances de trouver du travail et d’améliorer leurs performances professionnelles. LEAP confronte également les bénéficiaires du programme à des expériences professionnelles concrètes sous la forme de stages ou de missions de bénévolat pour les aider à acquérir un minimum de compétences pratiques et à développer les solides compétences éthiques et interpersonnelles qui leur permettront de réussir.

Même après cinq ans d’existence dans huit États (environ 3 000 jeunes aidés), ce cursus ne concerne encore qu’une infime partie des jeunes chômeurs. Désireux de toucher davantage de personnes, nous avons publié COMMENT TROUVER UN EMPLOI, un livre qui apprend aux lecteurs à se préparer à entrer sur le marché du travail, puis à progresser dans leur carrière. Notre prochaine action se présentera sous la forme d’une formation en ligne qui pourra ainsi toucher davantage de personnes et qui abordera l’employabilité au moyen d’exercices et de jeux interactifs.

Pouvez-vous nous fournir quelques exemples de la manière dont LEAP intègre l’eLearning  à ses techniques de formation ?

Dans notre volonté de faire évoluer les mentalités, nous savons que nous devrons nous appuyer sur les outils d’eLearning (notamment les supports audio et vidéo) si nous voulons toucher un public de plus de 80 millions de jeunes et d’entrepreneurs nigérians. En 2008 et en partenariat avec ALIWA (African Leadership Initiative West Africa), LEAP a élaboré la Jonction Naija, une présentation qui évoque quatre avenirs potentiels du Nigeria d’ici à 2025 sous la forme d’un outil d’eLearning destiné à inciter les Nigérians à s’intéresser à la gouvernance. Cette vidéo a été utilisée par LEAP et par d’autres organismes influents pour animer les formations au leadership. Le succès rencontré par cet outil et le nombre croissant d’utilisateurs d’Internet au sein de la population nigériane ont incité LEAP à se lancer dans un projet d’élaboration de cours d’eLearning  dans le domaine de l’éthique et de l’employabilité.

LEAP a également utilisé l’eLearning sur le projet « Alimenter l’impossible » (Powering the Impossible). Cette initiative a pour but d’améliorer l’enseignement et l’apprentissage dans une école secondaire publique de l’État de Lagos grâce à l’utilisation de la technologie. Les enseignants sont formés à l’utilisation d’outils technologiques, dont ils se servent ensuite pour enseigner les modules de LEAP sur le leadership des jeunes et d’autres sujets importants dans un laboratoire informatique alimenté à l’énergie solaire. La formation offre aux enseignants le soutien technologique dont ils ont besoin pour élaborer des plans d’enseignement. Elle leur présente également des options flexibles qu’ils peuvent adapter aux objectifs d’apprentissage de leurs élèves.

L’année dernière, LEAP a collaboré au lancement d’une série de webinars mensuels pour les jeunes. La série LEAP Career Corner Speaker permet des échanges visuels et audio en temps réel entre des professionnels et des jeunes, au Nigéria et dans le monde entier. Elle a rencontré un franc succès et les inscriptions progressent régulièrement.

Qu’espérez-vous apprendre à l’occasion d’eLearning Africa 2014 ? Certains sujets vous intéressent-ils plus particulièrement ?

Bien que n’ayant jamais assisté à une conférence eLearning Africa, je me suis tenue informée des résultats de l’édition 2013. J’ai noté avec intérêt que la radio est toujours un média extrêmement pertinent et que l’intégration des langues autochtones reste marginale.

En ce qui concerne la prochaine conférence qui aura lieu en Ouganda, j’espère y apprendre comment utiliser l’informatique pour donner plus d’ampleur aux actions de développement des compétences et m’informer sur les derniers outils informatiques mis au point pour aider les enseignants. Je suis impatiente à l’idée de présenter le travail réalisé par LEAP et de glaner des informations utiles en écoutant d’autres participants exposer leurs études de cas sur l’eLearning.

Pour en savoir plus, rendez-vous sur la page du programme ou découvrez d’autres intervants d’eLearning Africa ici.

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