Sur le terrain

La technologie – facteur de libération pour les femmes africaines

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Article rédigé par : Charles Onyango-Obbo, rédacteur en chef d’Africapedia.


Yetunde Sanni co-fondatrice de Tech in Pink, une organisation qui apprend les jeunes filles à coder.

Alors que les applications en ligne prolifèrent dans le monde entier, au Kenya, An Nisa Taxi est l’une des plus remarquables d’Afrique.

Développée par Mehnaz Sarwar, 33 ans, An Nisa est gérée par des femmes et dessert exclusivement les femmes passagers et les enfants.

Madame Sarwar a cherché à surmonter deux obstacles : les opportunités d’emploi limitées pour les femmes dans une industrie à prédominance masculine et la réticence des femmes à appeler les taxis, car on sait qu’il y a des cas de violence physique de la part des chauffeurs, y compris de violence sexuelle.

« La priorité d’un Nisa Taxi est d’offrir des chauffeurs sûrs, fiables et dignes de confiance, qu’il s’agisse de vous ramener chez vous après une soirée, de commencer votre journée par un trajet en voiture pour vous rendre au travail ou de venir chercher vos enfants après l’école », déclare l’entreprise sur son site Web.

Dans un article paru dans Quartz, un webzine spécialisé dans les affaires, le journaliste Osman Mohamed Osman observe : « Contrairement à d’autres sur le marché, qui perçoivent 25% des revenus du conducteur, An Nisa ne facture que 10% de ce que les conducteurs gagnent sur les trajets. » M. Osman cite Madame Sarwar en disant qu’elle voulait donner plus de pouvoir aux femmes qui ont besoin de « liberté financière ».

De nouvelles perspectives

Le lancement réussi de Nisa Taxi démontre les possibilités qu’offrent les nouvelles technologies aux femmes africaines dans les industries à prédominance masculine.  Cette innovation véhicule également une nouvelle philosophie concernant la façon dont les revenus sont distribués et montre comment les services peuvent être déployés pour répondre aux besoins importants de la sécurité des femmes dans ce cas-ci.

En Ouganda, Brenda Katwesigye, diplômée de l’Université de Makerere, a fondé Wazi Vision, une société qui fournit des services de tests oculaires et des lunettes. 10% de l’argent payé pour chaque paire achetée en ligne ou par l’intermédiaire de canaux de vente directs permet d’aider un enfant dans le besoin à acquérir une paire de lunettes. « Pour ce faire, nous nous rendons directement dans nos collectivités, effectuons des tests oculaires et distribuons des lunettes aux enfants dont les parents n’ont pas les moyens de se payer les lunettes », déclare Madame Katwesigye.

Les lunettes, fabriquées en plastique recyclé, sont conçues en Ouganda et fabriquées en Suisse. Une trousse de test en réalité virtuelle permet aux communautés qui n’ont pas d’optométristes ou qui n’ont pas accès à des services de soins oculaires abordables d’effectuer des tests oculaires.

Les activités de l’entreprise reflètent la sensibilité des femmes novatrices ainsi que leur préoccupation pour l’environnement, les enfants et les femmes. Les lunettes Wazi Vision coûtent 80% moins cher que les produits concurrents similaires.

En ce qui concerne le Nigeria, Chika Madubuko a identifié un autre service vital, celui des soins aux personnes âgées, une tâche stressante et longue que les femmes africaines sont traditionnellement censées accomplir pour les membres de leur famille.

Le site Greymate Care de Mme Madubuko est une plateforme en ligne avec plus de 500 soignants expérimentés et agréés et 130 médecins et infirmières. Les services pour les personnes âgées sont facilement réservés sur le site Web de l’entreprise, ce qui permet aux femmes de se concentrer sur leur travail et de gagner leur vie. L’entreprise utilise le GPS pour suivre les mouvements du personnel sur le terrain.

Madame Madubuko s’attend à ce que l’entreprise se développe au-delà de son pays et créé des milliers d’emplois sur le continent à l’avenir.

Temie Giwa-Tubosun, également du Nigeria, a fondé LifeBank (initialement appelé One Percent Project), un service d’approvisionnement et de livraison de sang. LifeBank utilise la technologie mobile et web et une logistique intelligente pour livrer le sang des laboratoires aux patients et aux médecins dans les hôpitaux à travers le Nigeria.

Le Nigeria a besoin d’environ 1,8 million de litres de sang chaque année, alors que le Ministère de la Santé ne peut recueillir que 500 000 litres. L’intervention de LifeBank est opportune, rapporte le journal nigérian The Guardian.  L’entreprise compte 40 banques de sang et dessert 300 hôpitaux. Les boîtes de sang livrées par les coureurs ne peuvent être ouvertes que par les destinataires via une connexion Bluetooth prédéfinie.

« Nous sommes comme Amazon pour les banques de sang », commente Mme Giwa-Tubosun. « Une fois qu’on a leur ordre, on le déploie là où c’est nécessaire, en utilisant des motos et des camions. » Depuis 2015, LifeBank a livré 11 000 litres et sauvé au moins 2 500 vies. Mme Giwa-Tubosun s’est déjà lancée dans la distribution d’oxygène et espère y ajouter des vaccins et des antivenins.

Au Ghana voisin, l’entrepreneure sociale Josephine Marie Godwyll s’est donné pour mission d’offrir des expériences d’apprentissage intéressantes aux enfants, en particulier ceux des communautés rurales. Son entreprise, Young at Heart Ghana, utilise des plateformes numériques pour créer de telles expériences.

Depuis 2013, l’entreprise a mobilisé plus de 5 000 enfants par le biais des technologies de l’information et de la communication (TIC), de clubs d’apprentissage numériques, de foires et de plateformes d’apprentissage en ligne.

Réseaux sociaux

Enfin, les réseaux sociaux sont devenus une rampe de lancement pour des initiatives réussies dirigées par des femmes. Temraza Haute Couture est une maison de couture égyptienne primée spécialisée dans les robes de soirée et de mariée faites à la main. Farida Temraza, PDG et designer en chef, a utilisé avec succès la publicité Facebook pour promouvoir la marque de son entreprise à l’international.

Les publicités vidéo de Temraza Haute Couture ont obtenu des milliers de vues, assez pour attirer des milliers de clients sur son site Web. Ses ventes ont augmenté de 55 % en six mois.

La militante américano-nigériane Lola Omolola a fondé Female IN (FIN), un groupe privé sur Facebook qui agit comme un réseau de soutien pour les femmes dans le monde entier, partage des histoires de violence domestique, d’agression sexuelle et autres problèmes. Les messages populaires sont souvent consultés jusqu’à un demi-million de fois.

Madame Omolola a lancé FIN en 2014 lorsque près de 300 filles ont été enlevées dans un pensionnat de Chibok, dans le nord-est du Nigeria, par le groupe militant Boko Haram, déclenchant ainsi la campagne mondiale #BringBackOurGirls. Le groupe compte actuellement environ 1,7 million de membres.

Il convient de souligner également l’initiative de Christine Anyumel avec le groupe Facebook Healing Naturally Together (HNT), qu’elle a débuté pour encourager les femmes ougandaises à adopter un mode de vie plus sain, plus naturel et plus durable. HNT est un groupe dynamique d’amateurs de plantes médicinales qui utilisent des remèdes naturels pour traiter des problèmes de santé, en particulier des problèmes de reproduction comme l’infertilité, les fibromes et l’obésité.

Le groupe compte près de 600 000 membres répartis partout dans le monde et offre des opportunités d’affaires aux membres, par exemple, pour vendre des jus naturels et des aliments biologiques aux autres membres.

Les remèdes naturels ne manquent pas de critiques, et Mme Anyumel et HNT ont enduré leur juste part de rejet. Mais elle ne jette pas l’éponge. HNT est aujourd’hui une entreprise qui fabrique des remèdes homéopathiques et des aliments biologiques.

En Afrique du Sud, l’application de location de maisons et de chambres Airbnb s’est avérée une aubaine pour de nombreuses femmes hôtes, donnant un coup de pouce financier tout particulièrement apprécié par les mères célibataires, selon de récentes statistiques publiées par la plateforme de réservation en ligne.

« En Afrique du Sud, une femme hôte typique a gagné près de 2 000 dollars (25 917,10 roupies) l’an dernier, soit un revenu supérieur à celui des femmes hôtes typiques d’autres pays », indique Airbnb.

La société ajoute que « plus de 60% des femmes hôtes en Afrique du Sud sont des hôtes superhôtes spécialement désignées par Airbnb pour recevoir fréquemment des invités, bénéficier d’un grand nombre de critiques cinq étoiles et être particulièrement réceptives aux invités. »

Au Kenya, Airbnb offre aux femmes une nouvelle façon de gagner de l’argent et de créer des entreprises. Un rapport de la plateforme coïncidant avec la Journée internationale de la femme, publié le 8 mars 2018, a montré que les femmes entrepreneurs kenyanes d’Airbnb tirent environ un tiers des dépenses annuelles de leur ménage à partir des revenus que la plateforme leur permet de générer et les utilisent pour lancer leur propre entreprise.

Les cinq premiers pays pour les femmes hôtes Airbnb parmi les 14 pays sondés étaient le Kenya, où les femmes gagnaient 34 % des dépenses moyennes des ménages grâce à Airbnb, l’Inde avec 31%, le Maroc avec 20%, la Chine  avec 19 % et le Japon avec 15%.

Toutes ces platesformes et innovations montrent comment la technologie peut briser le monopole masculin de l’accès au marché et à la société. Il est clair que la technologie moderne a le potentiel d’être une force pour l’égalité.  

https://www.un.org/africarenewal/magazine/april-2019-july-2019/technology-liberating-force-african-women



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