Aperçus de la conférence

Initiatives numériques en faveur du journalisme africain

Digi Journalism workshop at the Koinonia Community Centre, Paarl, South AfricaDe récentes avancées en matière de formation et de technologie spécifiquement adaptées aux besoins des journalistes africains marquent le début d’une nouvelle ère pour le journalisme africain.

Par Jessamine Brown

Jusqu’à présent, les médias africains étaient confrontés à un problème récurrent : le manque de ressources et de financements pour les journalistes africains. Résultat, les riches agences de presse étrangères avaient pris l’habitude de définir l’agenda de l’actualité africaine en choisissant elles-mêmes les thèmes qu’elles souhaitaient évoquer.

Les conséquences de ce procédé peuvent être extrêmement nocives car les reportages des journalistes étrangers ne donnent pas toujours une vision suffisamment approfondie et précise de la réalité. Il arrive même que ces idées fausses nuisent au développement du continent car elles favorisent l’adoption de décisions politiques malencontreuses.

Il est donc urgent que les journalistes africains, mieux à même de comprendre les subtilités et les complexités des événements africains, puissent eux-mêmes décider de l’actualité qui sera diffusée.

Plusieurs initiatives numériques ont récemment vu le jour pour aider les journalistes africains à concevoir leurs propres articles. Un de ces projets, baptisé Africa Talks, est un site Internet éducatif multimédia qui utilise des commentaires nuancés et des analyses détaillées pour informer les internautes du monde entier des problèmes cruciaux auxquels le continent est confronté.

Salem Solomon, fondatrice du site et enseignant-chercheur à l’université de Floride du Sud de Saint-Pétersbourg, vient d’ailleurs de franchir une nouvelle étape. Avec l’introduction d’une section d’eLearning sur le site, elle espère répondre aux besoins de formation spécifiques des journalistes africains.

« Comme tous les journalistes du monde, les journalistes africains ont intérêt à faire de la formation continue, notamment dans des domaines fondamentaux comme la technologie, l’éthique, le reportage, l’écriture, le respect de la vie privée et la sécurité, explique-t-elle. D’autre part, la radio est un vecteur essentiel pour le journalisme africain et la communication en général. Dans les régions les plus isolées du continent, les émissions de radio sont un moyen très efficace de toucher le plus grand nombre de personnes possible. L’accent doit donc être mis sur la formation à la production audio et à l’écriture des émissions de radio. »

Plusieurs sites de formation en ligne pour journalistes existent déjà, par exemple Poynter’s News University, mais ils ne répondent pas aux besoins de formation très spécifiques des journalistes africains. Sachant que les ressources et la liberté de la presse varient largement d’un pays africain à l’autre, Salem Solomon a l’intention de créer une plate-forme de formation spécifiquement conçue pour les journalistes africains, et notamment pour ceux qui ont le droit de diffuser des informations exactes.

« Nous allons réaliser une évaluation des besoins en nous basant sur huit pays représentatifs de différentes régions, de différents niveaux de liberté de la presse et de différents environnements technologiques. Sur la base de ce que nous apprendrons, nous prévoyons de créer une plate-forme spécialisée pour les journalistes travaillant dans des environnements de presse au moins modérément ouverts. »

La plate-forme d’eLearning Africa Talks proposera des supports de formation sous différentes formes, notamment des cours d’auto-formation, des discussions en direct avec des reporters, des séminaires en ligne et des conversations préenregistrées. Parmi les thèmes choisis figureront probablement les questions légales qui entourent la publication des informations dans chaque pays, les corrections en ligne et sur les médias sociaux, et le travail avec les chiffres. Même si, au départ, les formations seront proposées en anglais, l’objectif est d’en traduire le plus grand nombre possible et donc d’offrir des formations multilingues. Le contenu éditorial du site également sera utilisé comme matériel de référence pour les modules de formation.

Cette plate-forme de formation exhaustive sera la première du genre à permettre aux journalistes africains de progresser dans leur métier pour être ensuite capables de publier des reportages reflétant la situation réelle de l’Afrique. Cet objectif, Salem Solomon l’avait envisagé dès le départ.

« L’objectif ultime d’Africa Talks est de créer un espace de reportage nuancé ouvert à de nombreux contributeurs. Grâce à cette composante d’eLearning, les journalistes africains vont pouvoir présenter au monde leurs propres récits. »

Outre la formation, plusieurs autres initiatives numériques ont vu le jour pour favoriser le travail des journalistes africains. En 2012, l’initiative African Media Initiative a créé l’African News Innovation Challenge (ANIC) pour stimuler l’innovation dans l’industrie du journalisme.

Ce concours panafricain finance les idées pionnières puis continue à les soutenir via un réseau de pairs et de conseillers. Le fonds de 1 million d’USD vise à encourager l’expérimentation dans les technologies numériques afin de renforcer les organismes de presse africains. Il s’agit du plus grand fonds africain de soutien à l’expérimentation médiatique et aux startups de presse numérique dans des domaines tels que le journalisme basé sur les données, le reportage d’investigation, la gestion des salles de rédaction, la participation du public, la convergence numérique et les modèles économiques des médias.

Un des plus célèbres lauréats du concours est African SkyCAM, qui a pour but de révolutionner le reportage sur le terrain grâce à l’utilisation de véhicules aériens sans pilote. Première salle de rédaction vue du ciel, cette solution innovante sera particulièrement utile pour les journalistes qui tentent de faire des reportages dans des lieux isolés ou dans des situations dangereuses. L’utilisation de drones et de ballons équipés de caméras viendra aider les médias qui ne peuvent pas se permettre de louer des hélicoptères pour faire des reportages aériens.

En Afrique du Sud, le centre Oxpeckers Centre for Investigative Environmental Journalism, autre lauréat du concours ANIC, défend l’utilisation du géo-journalisme. Cette société à but non lucratif associe le reportage d’investigation traditionnel et des outils d’analyse de données et de géocartographie pour exposer au grand jour les infractions environnementales et traquer les organisations criminelles dans le sud de l’Afrique. Les journalistes qui la composent ont réussi à diffuser des reportages sur le braconnage des rhinocéros, l’exploitation illégale du bois et la chasse aux lions d’élevage. Oxpeckers facilite la compréhension des récits complexes en utilisant des infographismes dynamiques, des cartes animées et la visualisation des données, des techniques qui amplifient l’impact du reportage traditionnel.

Ces solutions ne sont que quelques-unes des innovations numériques mises au point pour favoriser le journalisme en Afrique. Avec l’avancée des technologies et la création de nouvelles méthodes de formation en ligne et de nouveaux outils de reportage, les journalistes africains vont devenir de mieux en mieux équipés pour diffuser leurs propres récits au sujet du continent.

Salem Solomon parlera des initiatives d’eLearning destinées aux journalistes africains lors de la conférence eLearning Africa qui aura lieu du 20 au 22 mai à Addis-Abeba, Éthiopie. 

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2 Commentaires

  1. Dacia Mwananderi dit:

    Je vous remercie pour la connaissance que vous mettez a notre disposition

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