Sur le terrain

Autonomisation des femmes : des étudiantes passionnées montent au créneau

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Par Brendan O’Malley, University World News

Cet article fait partie d’une série consacrée au Leadership réformateur et publiée par University World News en partenariat avec la Fondation Mastercard. La responsabilité du contenu éditorial incombe uniquement à University World News.


Aujourd’hui âgée de 24 ans, Tanyaradzwa Chinyukwi a grandi au sud du Zimbabwe, dans un environnement difficile, où les filles étaient tout le temps regardées de haut.

Née à Masvingo, elle vit avec sa tante entre deux et huit ans, parce que sa mère était enseignante dans une localité différente et ne pouvait s’occuper d’elle, de ses trois sœurs et son frère.

Mais, sa mère lui a appris à ne pas accepter la croyance généralisée selon laquelle seuls les garçons avaient la capacité de comprendre des disciplines scientifiques, et de démontrer le potentiel des filles. « Elle m’a motivée et encouragée à travailler dur et je souhaitais prouver que les filles pouvaient aussi le faire », affirme Chinyukwi.

Ainsi donc, elle est l’une des seules filles sélectionnées pour intégrer l’école secondaire, en compagnie de 13 garçons. Tous les élèves devaient avoir d’excellents résultats aux examens nationaux pour accéder au collège et, en outre, les garçons étaient majoritairement sélectionnés en premiers.

Chinyukwi a obtenu une bourse octroyée uniquement aux meilleurs élèves de la province, a pu avoir d’excellentes notes à l’examen de fin d’études secondaires en mathématiques, biologie et chimie.

« J’ai alors réalisé que ma réussite n’était pas que mienne, mais aussi celles d’autres filles et femmes de la localité. J’ai voulu montrer aux gens que les filles peuvent le faire, mais il faut leur en donner l’occasion. »

Changer la donne

C’est ainsi que Chinyukwi a consacré sa vie à œuvrer en faveur de l’autonomisation des femmes et des filles, « parce que nous devons changer la donne ».

Elle intègre le Girl Empowerment Movement (Mouvement pour l’autonomisation des filles) et sillonne des écoles pour parler aux filles et les inspirer. Elle les exhorte à « travailler dur pour réussir, car les filles peuvent elles aussi faire ce que font les garçons ».

De même, elle fait partie d’un groupe qui plaide en faveur d’un meilleur accès des femmes à l’accouchement sécurisé, s’insurgeant contre les cas de femmes mortes en donnant la vie ou en recherchant de meilleurs soins de santé ou des conseils et sensibilise sur l’accès des femmes enceintes aux médicaments.

Par ailleurs, elle s’engage en faveur des droits des enfants, « parce que trop d’enfants font l’objet d’abus et ne savent même pas qu’il ne devrait pas en être ainsi ».

Une bourse, ça aide

La réussite académique et les actions communautaires de Chinykwi lui ont valu d’obtenir une bourse de la Fondation Mastercard, par le biais du Programme USAP (United States Achievers Program), qui aide les brillants étudiants issus de milieux défavorisés à accéder aux systèmes éducatifs des États-Unis et d’autres pays.

Elle a ainsi pu étudier à l’Université EARTH au Costa Rica et obtenir, l’an dernier, une Licence en génie agricole et gestion des ressources naturelles, puis un Master à l’Université de Floride, financée par ladite université.

Dans le cadre de la bourse, elle est invitée au Sommet Baobab de la Fondation Mastercard, tenu au Ghana, où elle est inspirée par un intervenant qui décrit le leader réformateur comme étant un individu qui « laisse un héritage ».

« Cette conception m’a poussé à œuvrer pour l’autonomisation des genres et j’ai mis au point une initiative d’appui à l’éducation des filles, principalement au Zimbabwe, car en ce moment le pays était en crise. Les gens avaient du mal à se nourrir et la menace de famine forçait les filles à abandonner l’école pour rechercher des revenus par des activités de prostitution facturées 50 centimes la séance ».

Souvent âgées de 13 à 18 ans, certaines issues de familles dirigées par des mineurs, dont les parents, ou tout juste le père, avaient quitté le pays à la recherche d’emplois, abandonnant ainsi les enfants à leur sort ou dont la mère ne recevait aucun soutien.

« C’est ainsi que m’est venue l’idée d’une initiative d’autonomisation des filles visant à promouvoir l’éducation et le maintien des filles à l’école », déclare Chinyukwi. En 2016, elle prend part au Millennium Campus Network Challenge et remporte cette compétition. Elle commence ainsi à animer des webinaires de sensibilisation sur l’autonomisation des filles, l’éducation des filles et la lutte contre les stéréotypes.

Elle estime que la solution ne consiste pas à changer la législation, car le Zimbabwe dispose de lois en faveur de l’égalité d’accès à l’école. Il s’agit plutôt de pallier l’impact de la crise économique. C’est ainsi qu’elle met sur pied un projet d’élevage de volailles permettant aux filles d’élever et de vendre des poules, puis d’utiliser les revenus pour payer la scolarité et les frais connexes, estimés à 40-50 dollars américains par trimestre.

Chinyukwi se fait aider par cinq personnes, dont deux diplômés de l’Université EARTH et trois du Zimbabwe.

Un second projet démarré en 2016 est inspiré d’une visite au Zimbabwe financée par le Programme des boursiers de la Fondation Mastercard. En effet, elle a rencontré en zone rurale une femme dénommée Vamanyoni Zimuto, qui frappait aux portes pour vendre des légumes aux villageois à leurs domiciles respectifs, plutôt qu’au marché.

Rude compétition

Chinyukwi dit avoir découvert que la compétition est rude à cause des intermédiaires sur le marché (dominé par des hommes), offrant de meilleurs produits à des prix inférieurs, de sorte à pouvoir réaliser tout de même un bénéfice. En raison de cette situation, il lui était difficile d’assurer sa survie et celle de ses enfants.

Plus tard, Chinyukwi discute de problème avec deux amis de Zambie, qui lui confient avoir le même problème dans leur pays, où le marché est également dominé par des hommes, et les femmes sont les grandes perdantes.

« Ainsi nous est venue l’idée du Zazi Growers’ Network (Réseau des agriculteurs de Zambie et du Zimbabwe) afin de proposer aux femmes neuf mois de formation en agriculture. Il s’agissait notamment de montrer comment faire pousser diverses cultures, en particulier les cultures maraîchères que l’on peut varier pour garantir la disponibilité permanente de revenus pour régler les dépenses quotidiennes. Ces formations portent également sur la gestion phytosanitaire, la gestion des mauvaises herbes, le changement climatique et les pratiques post-récoltes qui réduisent les pertes de cultures. »

Les femmes mettent en pratique les connaissances acquises sur leurs parcelles de terre, louées en Zambie pour deux ans auprès du chef local.

Un autre groupe de femmes bénéficie d’une formation de neuf mois en marketing, branding et empaquetage.

Les enseignants de diverses facultés de l’Université EARTH aident à la conception des modules de formation. Par exemple, un enseignant d’entomologie propose une aide concernant les aspects liés à la gestion phytosanitaire. Les étudiants de l’Université EARTH de différentes formations ont échangé les connaissances sur la gestion des mauvaises herbes et les conditions favorables pour diverses cultures.

Leadership convaincant

Le Zazi Growers’ Network a remporté le Resolution Social Venture Challenge en 2017, au Sommet Baobab de la Fondation Mastercard tenu à Johannesburg, une compétition qui récompense des dirigeants convaincants et des projets sociaux portés par des jeunes.

Pour les accompagner dans leurs activités communautaires, les jeunes dirigeants ont reçu une bourse comportant le financement, une offre de mentorat et, élément crucial, l’accès au réseau mondial de jeunes acteurs du changement.

Le projet démarré au Zimbabwe s’est déporté en Zambie du fait de la crise économique.

Pour Chinyukwi, un des éléments clés aura été la possibilité de rencontrer d’autres jeunes acteurs du changement ayant le même état d’esprit, qui souhaitent transformer leurs sociétés. Ces jeunes peuvent proposer des idées différentes et complémentaires visant à résoudre les problèmes auxquelles font face leurs communautés.

« Plus nous collaborons, mieux nos sociétés se portent », affirme-t-elle. « Nous avons des connaissances différentes tirées de diverses disciplines ; la plupart des activités ne concernent pas nos sujets d’étude, mais plutôt notre passion à impulser le changement dans la société. »

Connexions

Chinyukwi affirme que les lieux tels que son village du Zimbabwe ne sont plus isolés du reste du monde, grâce à l’existence des réseaux sociaux et de la connexion à Internet.

De même, le Mouvement #MeToo lancé à Hollywood en réaction aux révélations concernant Harvey Weinstein a, à la suite de l’actrice Alyssa Milano, incité toute femme ayant déjà été victime de harcèlement ou d’agression sexuelle, à tweeter « Me Too » (Moi aussi) pour faire savoir aux autres qu’elles n’étaient pas seules. Ce mouvement a « vraiment donné aux femmes le courage de dire non aux choses devenues banales ».

Elle affirme qu’en Afrique, la violence domestique constitue un problème majeur et les femmes essaient d’y remédier de diverses façons, y compris par des campagnes telles que MeToo.

« Il existe très peu de femmes qui savent que cet acte est une sorte de harcèlement sexuel, parce qu’il est devenu banal. Mais lorsque les choses prennent cette tournure, il devient évident que cela ne doit pas nous arriver, car il s’agit d’une forme de violence.

Je pense que nous n’avons pas encore atteint le point fatidique, mais nous avançons dans cette voie ».



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