Alors que les pays africains investissent dans l’éducation, le développement des compétences et la transformation numérique, une question s’impose avec une acuité croissante : comment faire des savoirs, des talents et de l’ingéniosité de leurs populations un moteur durable de création d’opportunités économiques et de prospérité partagée ? Cette interrogation est au cœur d’eLearning Africa 2027, qui se tiendra à Lomé, au Togo, du 26 au 28 mai.
La plus grande richesse de l’Afrique ne réside pas seulement dans les ressources de son sous-sol. Elle réside aussi dans les savoirs, les talents, la créativité et l’ingéniosité de ses populations. Partout sur le continent, de jeunes Africains développent des technologies, créent des entreprises, font avancer la recherche et imaginent des solutions innovantes aux défis locaux comme mondiaux.
Les savoirs, l’entrepreneuriat et l’innovation sont déjà de puissants moteurs de changement. Il s’agit désormais de prendre appui sur ces réussites, de renforcer les liens entre l’éducation, le monde économique et la société, et de faire en sorte que la valeur ainsi créée contribue à une prospérité durable et largement partagée.
Depuis plusieurs décennies, l’investissement dans le capital humain occupe une place centrale dans les stratégies de développement des pays africains. Les gouvernements et leurs partenaires internationaux ont notamment donné la priorité à l’éducation, à la connectivité numérique, au développement des compétences et à la préparation des jeunes à l’emploi.
Ces investissements demeurent essentiels. Mais l’accès à l’éducation, l’obtention de diplômes et la disponibilité des technologies ne suffisent pas, à eux seuls, à créer des perspectives économiques. Tout aussi déterminantes sont les possibilités offertes à chacun de mobiliser ses connaissances et ses compétences, ainsi que les conditions permettant de les mettre en pratique.
Que se passe-t-il lorsque des diplômés peinent à trouver un emploi leur permettant d’exercer leurs compétences ? Lorsque des travaux de recherche prometteurs restent cantonnés aux universités, sans bénéficier aux entreprises ou aux communautés ? Lorsque des innovateurs africains ne disposent pas des financements ou des infrastructures nécessaires pour commercialiser leurs idées ? Ou encore lorsque la valeur économique issue des talents et des savoirs africains est captée ailleurs ?
Ces questions dépassent le seul domaine de l’éducation. Elles touchent à la structure des économies africaines, à la solidité de leurs institutions et à la capacité du continent à façonner son propre avenir.
Du développement du capital humain à la création de valeur
Le capital humain désigne traditionnellement l’ensemble des connaissances, des compétences et des aptitudes qui contribuent à la productivité des individus. Mais leur acquisition ne représente qu’une partie de l’équation.
Leur valeur dépend également des possibilités de les mettre en œuvre, de l’existence d’institutions capables de soutenir l’innovation et l’entrepreneuriat, ainsi que de la capacité des économies à transformer les idées et les savoir-faire en produits, en services, en emplois et en amélioration des conditions de vie.
Cela suppose de resserrer les liens entre l’éducation, la recherche, l’industrie, l’entrepreneuriat, les institutions publiques et les besoins de la société.
L’augmentation des effectifs scolarisés, l’amélioration de la connectivité et la délivrance de qualifications constituent des avancées importantes. Mais leur valeur réside aussi dans les possibilités qu’elles ouvrent.
Les apprenants acquièrent-ils les capacités nécessaires pour résoudre des problèmes concrets ? Les diplômés accèdent-ils à des emplois valorisants ou créent-ils leurs propres entreprises ? La recherche africaine répond-elle aux priorités du continent ? Les progrès technologiques contribuent-ils à améliorer la santé, l’agriculture, les services publics et la productivité économique ?
Et surtout, ces avancées créent-elles des opportunités qui dépassent les réussites individuelles pour bénéficier plus largement aux communautés et aux sociétés ?
Renforcer la place de l’Afrique dans la production des savoirs et des technologies
Partout sur le continent, chercheurs, entrepreneurs, enseignants et développeurs conçoivent des plateformes numériques, des contenus éducatifs, des innovations scientifiques et des technologies qui répondent aux réalités africaines.
Consolider ces initiatives et renforcer leur capacité à créer de la valeur économique est essentiel pour développer des économies du savoir compétitives et résilientes. Cela implique de soutenir la recherche africaine, de développer des technologies et des contenus éducatifs adaptés aux contextes locaux, de valoriser les langues et les savoirs culturels du continent et de créer les conditions propices à l’essor des entreprises africaines.
L’intelligence artificielle confère à ces enjeux une urgence particulière. À mesure qu’elle s’intègre dans l’éducation, les entreprises et les administrations publiques, quelles données, quelles langues, quels savoirs et quelles priorités façonneront les systèmes utilisés par les sociétés africaines ?
Comment les institutions et les innovateurs du continent peuvent-ils renforcer leur rôle dans la conception et l’adaptation de ces technologies, plutôt que de dépendre principalement de solutions développées ailleurs ?
Les réponses auront des conséquences non seulement sur la compétitivité économique, mais aussi sur l’identité culturelle, l’autonomie des institutions et la capacité des pays africains à définir eux-mêmes la manière dont les technologies doivent servir leurs populations.
Des institutions capables de donner toute sa portée au savoir
Les talents individuels et l’innovation ne peuvent s’épanouir en vase clos. Des systèmes éducatifs solides, des institutions publiques efficaces, des infrastructures fiables, l’accès au financement et des politiques favorables à l’entrepreneuriat jouent tous un rôle dans la capacité à transformer les connaissances en prospérité collective.
La transformation numérique doit donc aller bien au-delà de la simple introduction de nouvelles technologies. Son importance réside dans les capacités qu’elle permet de développer, les institutions qu’elle contribue à renforcer et les améliorations concrètes qu’elle apporte à la vie des populations.
Cela suppose de dépasser les projets pilotes isolés pour mettre en place des dispositifs durables, capables d’agir à grande échelle.
Les enseignants ont besoin de formation continue et d’accompagnement. Les universités doivent renforcer leurs liens avec les employeurs, les entreprises et les réseaux de recherche. Les entrepreneurs doivent pouvoir accéder aux marchés et aux financements. Quant aux pouvoirs publics, ils doivent disposer de données fiables et des capacités institutionnelles nécessaires pour mettre en œuvre des politiques efficaces.
Il est tout aussi important de reconnaître la diversité des formes de création et d’application des savoirs, qu’il s’agisse de formation professionnelle, d’entrepreneuriat informel, de savoirs traditionnels, d’innovation communautaire ou d’apprentissage tout au long de la vie.
L’enjeu n’est pas simplement de former un nombre croissant de personnes hautement qualifiées, mais de favoriser l’émergence de sociétés dans lesquelles les savoirs et les compétences peuvent s’épanouir, trouver des applications concrètes et contribuer au bien commun.
La puissance du savoir en Afrique : du capital humain à la prospérité partagée
Ces interrogations seront au cœur d’eLearning Africa 2027, qui se tiendra à Lomé, au Togo, du 26 au 28 mai 2027.
Placée sous le thème « La puissance du savoir en Afrique : du capital humain à la prospérité partagée », la conférence réunira des acteurs de l’éducation, des technologies, de la recherche, de l’entreprise et des pouvoirs publics afin d’explorer comment les connaissances peuvent générer de la valeur économique et sociale, et comment leurs retombées peuvent bénéficier aux populations et aux communautés à travers le continent.
Les échanges couvriront aussi bien les apprentissages fondamentaux, l’inclusion numérique et le développement des compétences que la recherche scientifique, l’entrepreneuriat, l’intelligence artificielle, la transformation des institutions et l’innovation dans les différents secteurs de la société.
Il s’agira notamment d’examiner comment la recherche et l’ingéniosité africaines peuvent contribuer au progrès économique et social, comment soutenir le développement et le déploiement de technologies et de solutions conçues localement, et comment les avancées éducatives peuvent favoriser la création d’emplois valorisants et l’amélioration des conditions de vie.
Alors qu’eLearning Africa s’apprête à célébrer sa 20e édition, la conférence s’inscrira dans la continuité de deux décennies de dialogue et de coopération, tout en apportant de nouveaux éclairages sur les liens entre les savoirs, les opportunités et l’avenir économique du continent.
L’enjeu ne consiste pas simplement à doter les populations africaines des connaissances et des compétences nécessaires pour prendre part à une économie mondiale toujours plus compétitive. Il s’agit de créer les conditions leur permettant de contribuer à façonner cette économie et de produire de la valeur selon leurs propres priorités.
L’Afrique ne manque ni de savoirs, ni de talents, ni d’ambition. Tout l’enjeu, et toute l’opportunité, consiste à transformer ces atouts en perspectives économiques durables et en une prospérité partagée à travers le continent.

















