Sur le terrain

De la salle de classe à la création : le Togo place l’innovation au cœur de l’apprentissage

Au Togo, une nouvelle initiative visant à implanter des laboratoires de fabrication numérique dans les établissements scolaires et les centres régionaux d’innovation entend faire de l’expérimentation, de la créativité et des compétences technologiques des composantes essentielles de l’éducation. Alors que 101 responsables de FabLabs spécialement formés se préparent à prendre leurs fonctions, cette initiative soulève une question plus large : comment les systèmes éducatifs africains peuvent-ils permettre aux jeunes de ne pas être seulement des utilisateurs de technologies, mais aussi des créateurs d’idées, de produits et de solutions ?

Et si un cours de sciences ne s’achevait pas par un examen, mais par la réalisation d’un prototype fonctionnel ? Et si les élèves pouvaient partir d’un problème rencontré dans leur communauté, imaginer différentes solutions, concevoir leur propre dispositif et en vérifier le fonctionnement ?

Telles sont quelques-unes des perspectives ouvertes par le projet togolais de développement de laboratoires de fabrication numérique, ou FabLabs, dans les lycées scientifiques, les établissements d’enseignement technique et de formation professionnelle, ainsi que dans les Centres régionaux d’innovation technologique (CRIT).

En août 2026, le ministre togolais de l’Éducation nationale, Mama Omorou, a officiellement lancé un programme de formation spécialisée destiné à 101 responsables de FabLabs, recrutés dans le cadre du concours national de recrutement des enseignants. Leur mission sera d’accompagner les élèves dans l’utilisation des technologies, l’application des connaissances scientifiques et la réalisation de projets concrets.

Cette initiative vise à développer les possibilités d’expérimentation dans l’enseignement scientifique et technique, en mobilisant des outils et des méthodes allant de la robotique, de l’électronique et de la programmation à l’intelligence artificielle, aux objets connectés et à la modélisation 3D.

À l’issue de quatre semaines de formation, achevées le 18 septembre, les participants ont entamé une phase de mise en pratique, prévue du 28 septembre au 31 octobre. Selon le ministère de l’Éducation nationale, leur affectation dans les établissements d’enseignement et les centres régionaux d’innovation devrait débuter en novembre 2026, avec un accompagnement professionnel qui se poursuivra jusqu’en juillet 2027.

Apprendre en créant

La portée de cette initiative dépasse largement la simple introduction de nouveaux équipements technologiques.

Les FabLabs sont conçus comme des espaces d’apprentissage fondés sur l’expérimentation, la collaboration et la réalisation concrète. Plutôt que d’aborder les concepts scientifiques et technologiques uniquement à travers les manuels ou les démonstrations, les élèves peuvent les découvrir et les approfondir en relevant des défis pratiques.

Comme l’a souligné le ministre de l’Éducation nationale, Mama Omorou, lors du lancement du programme, un FabLab ne se résume pas à un ensemble d’imprimantes 3D. Il incarne une autre manière d’apprendre, fondée sur l’expérimentation, la créativité et la mise en pratique des connaissances.

Un cours d’électronique pourrait ainsi déboucher sur la conception d’un dispositif simple. L’apprentissage de la programmation pourrait donner naissance à un projet répondant à un besoin local. La robotique, la fabrication numérique et la conception technique pourraient offrir autant d’occasions d’associer connaissances scientifiques, créativité et résolution de problèmes.

De telles approches peuvent également transformer le rapport des élèves à l’apprentissage. Expérimenter, c’est accepter une part d’incertitude, et un prototype qui ne fonctionne pas comme prévu peut être aussi riche d’enseignements qu’une réalisation réussie. Les élèves apprennent à confronter leurs hypothèses à la réalité, à identifier les difficultés, à travailler ensemble et à perfectionner leurs idées.

Le rôle de ceux qui les accompagneront est donc essentiel. Les responsabilités des responsables de FabLabs ne se limiteront pas au fonctionnement des équipements : ils devront également soutenir des pratiques pédagogiques innovantes, favoriser les liens entre les apprenants et les réseaux d’innovation, et promouvoir l’inclusion ainsi que l’égalité des chances.

Relier les apprentissages aux opportunités

L’initiative togolaise traduit également une ambition plus large : renforcer les liens entre l’éducation, l’innovation technologique et les perspectives économiques.

Le ministère de l’Éducation nationale envisage ces laboratoires comme des environnements permettant aux élèves de passer de la conception d’une idée à la réalisation d’un prototype, puis, éventuellement, à son développement.

Tous les projets réalisés en classe n’ont pas vocation à devenir des produits commercialisables, et l’entrepreneuriat ne saurait constituer l’unique mesure de la réussite éducative. La capacité à exercer son esprit critique, à collaborer, à expérimenter et à résoudre des problèmes est précieuse dans tous les métiers et dans l’ensemble de la société.

Néanmoins, offrir aux jeunes la possibilité de mettre leurs connaissances en pratique peut contribuer à rapprocher l’éducation des réalités et des opportunités du monde qui les entoure.

La dimension régionale constitue un aspect important de l’approche togolaise. Selon le ministère de l’Éducation nationale, le déploiement prévu des FabLabs et des centres d’innovation vise à étendre les possibilités d’apprentissage technologique pratique au-delà de Lomé, afin d’en faire bénéficier les jeunes dans les différentes régions du pays.

À plus long terme, les résultats de cette initiative dépendront de la qualité de l’accompagnement apporté à ces structures, de leur intégration dans les pratiques d’enseignement et d’apprentissage, ainsi que des possibilités offertes aux élèves de poursuivre le développement de leurs centres d’intérêt et de leurs compétences au-delà des projets ponctuels.

Du savoir à l’innovation

Les initiatives engagées au Togo font écho à une question plus vaste qui concerne les systèmes éducatifs à travers l’Afrique : comment permettre aux apprenants non seulement de comprendre et d’utiliser les technologies existantes, mais aussi de concevoir de nouvelles solutions, adaptées à leurs propres priorités et expériences ?

Partout sur le continent, chercheurs, ingénieurs, entrepreneurs et innovateurs africains développent déjà des technologies et des services répondant aux besoins locaux. En donnant une place plus importante à l’expérimentation pratique dans l’éducation, il devient possible d’aider davantage de jeunes à acquérir la confiance et les compétences nécessaires pour prendre part à cette dynamique.

Cette démarche rejoint directement le thème d’eLearning Africa 2027, « La puissance du savoir en Afrique : du capital humain à la prospérité partagée », qui sera au cœur des échanges à Lomé du 26 au 28 mai 2027.

La conférence examinera comment l’éducation, les technologies numériques, le développement des compétences et l’innovation peuvent ouvrir de nouvelles perspectives et contribuer plus largement au progrès économique et social.

L’initiative togolaise des FabLabs offre une illustration concrète de cette ambition. Elle met l’accent non seulement sur l’accès aux technologies, mais surtout sur ce que les apprenants peuvent en faire, sur leur capacité à créer et sur la manière dont leurs idées peuvent bénéficier aux communautés qui les entourent.

La prochaine étape se jouera dans les salles de classe, les ateliers et les centres d’innovation. Car la réussite de cette initiative ne se mesurera pas tant au nombre d’équipements installés qu’aux possibilités qu’elle offrira aux jeunes d’expérimenter, d’apprendre et de donner vie à leurs idées.


Sources

Ministère de l’Éducation nationale du Togo, 28 août 2026 : FabLabs éducatifs et CRIT : le Togo prépare une génération de créateurs et d’innovateurs

Ministère de l’Éducation nationale du Togo, 22 septembre 2026 : FabLabs éducatifs : les 101 FabManagers passent de la formation à l’expérimentation

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