
Résumé exécutif
African EdTech 2030 : Vision & Plan (V&P) d’AUDA-NEPAD est le premier plan directeur à l’échelle continentale visant à rendre un apprentissage numérique de haute qualité accessible de manière fiable à chaque apprenant africain.
Le V&P cible trois des quatre barrières — les politiques publiques, la technologie et les données — en ancrant la stratégie africaine sur deux instruments clés : un cadre politique continental et l’Infrastructure Publique Numérique pour l’Éducation de l’Afrique (DPI-Ed). Ces instruments traduisent les aspirations générales en matière d’éducation numérique en une architecture concrète et interopérable.
Le V&P s’aligne sur les stratégies existantes de l’Union africaine (Agenda 2063, DTS 2020–2030, Stratégie pour l’éducation numérique), tout en les prolongeant vers des systèmes EdTech réellement opérationnels. Il n’impose ni plateformes ni programmes uniformes ; il permet au contraire à des systèmes souverains d’interopérer et de passer à l’échelle.
En se concentrant sur une infrastructure partagée plutôt que sur des projets isolés, le V&P crée les conditions d’un apprentissage numérique durable, fondé sur des données probantes et déployable à l’échelle du continent.
Cet essai explique le rôle du V&P dans l’architecture politique de l’UA et clarifie ce qu’il fait — et ce qu’il ne fait pas.
Introduction
L’Afrique tente quelque chose d’inédit : la création d’une architecture d’apprentissage numérique unifiée à l’échelle continentale, conçue pour réduire les barrières structurelles qui empêchent les meilleures solutions EdTech mondiales d’atteindre tous les apprenants. African EdTech 2030 : Vision & Plan (V&P) d’AUDA-NEPAD constitue le plan directeur pour atteindre cet objectif.
Le V&P décrit comment réduire trois des quatre barrières de l’EdTech africain : les politiques publiques, la technologie et les données. En abaissant ces trois barrières, le V&P crée les conditions préalables pour réduire la quatrième : l’économie. Un tel modèle économique est détaillé plus loin dans cette série d’essais. Les quatre barrières sont décrites dans l’essai complémentaire Les quatre barrières de l’EdTech en Afrique : pourquoi les meilleurs contenus pédagogiques n’atteignent pas les apprenants africains.
La levée de ces quatre barrières permettrait aux meilleurs contenus numériques africains d’être accessibles à tous les apprenants, non plus uniquement dans des projets pilotes exceptionnels mais dans l’usage quotidien, un défi ambitieux et nécessaire.
AUDA-NEPAD relève ce défi en établissant deux instruments fondamentaux qui structurent l’ensemble de sa stratégie :
- Un cadre politique continental pour promouvoir une EdTech fondée sur des normes ouvertes et neutre vis-à-vis des fournisseurs, favorisant la cohérence, l’alignement transfrontalier et un marché continental harmonisé pour l’apprentissage numérique interopérable.
- L’Infrastructure Publique Numérique pour l’Éducation de l’Afrique (DPI-Ed) — décrite dans les sections 4.2 et 4.3 du V&P — intégrant une conception mobile-first et offline-first, l’interopérabilité et la circulation sécurisée des données dans l’architecture continentale.
Ces deux instruments constituent la base sur laquelle reposent les autres piliers du V&P : contenus pédagogiques, développement des enseignants, suivi et recherche.
1. Le V&P dans l’architecture politique de l’Union africaine
Pour comprendre le fonctionnement du V&P, il faut le situer dans l’architecture politique plus large de l’UA.
Le V&P — lancé à l’état de projet en juillet 2025 — s’inscrit dans une longue lignée de cadres stratégiques de l’UA, notamment :
- Agenda 2063
- CESA 16–25 et CESA 2026–2035
- STISA-2024 et STISA-2034
- Stratégie de transformation numérique pour l’Afrique (2020–2030)
- Stratégie et plan de mise en œuvre de l’éducation numérique de 2022 (2023–2028)
AUDA-NEPAD positionne le V&P comme l’extension opérationnelle de la Stratégie de l’éducation numérique de 2022, transformant des ambitions générales en une architecture EdTech concrète, fondée sur son cadre politique et la DPI-Ed.
2. La vision pour 2030
Sur cette base, le V&P énonce une vision claire pour 2030 :
D’ici 2030, chaque apprenant africain aura un accès abordable à des ressources d’apprentissage numérique de haute qualité et adaptées localement, sur des appareils fiables, au sein d’un écosystème EdTech panafricain inclusif et interopérable.
Deux piliers rendent cette vision réalisable.
2.1 Le cadre politique continental
Les sections 4.1.1 à 4.1.3 du V&P appellent à :
- L’opérationnalisation du cadre politique EdTech d’AUDA-NEPAD fondé sur des normes et neutre vis-à-vis des fournisseurs.
- La promotion de normes ouvertes pour l’interopérabilité et la portabilité sécurisée des données.
- La création de groupes de travail d’harmonisation politique régionale au sein des Communautés économiques régionales (CER), afin d’aider les États membres à adopter ces cadres de manière contextualisée.
Ce cadre réduit la barrière politique en apportant cohérence, prévisibilité et compatibilité transfrontalière.
2.2 L’Infrastructure Publique Numérique pour l’Éducation de l’Afrique (DPI-Ed)
Le V&P décrit la DPI-Ed à travers les composantes d’infrastructure présentées dans les sections 4.2 à 4.3, notamment :
- Une architecture mobile-first et offline-first (4.2.1)
- L’extension de la connectivité via des partenariats avec les opérateurs télécoms et satellitaires (4.2.2)
- La mise en cache locale, les réseaux maillés et la compression des données (4.2.3)
- Une infrastructure continentale de contenus pédagogiques ouverts (4.3.1–4.3.3)
Pour plus de clarté analytique, cet essai interprète la DPI-Ed comme la couche d’infrastructure permettant la circulation interopérable des contenus éducatifs, des évaluations et des analyses entre systèmes et au-delà des frontières.
La DPI-Ed proposée vise à intégrer les normes du cadre politique, à incorporer des technologies adaptées aux réalités africaines, à mettre en œuvre un système de données aligné sur la Convention de Malabo, et ainsi à établir les conditions d’un nouveau modèle économique pour l’EdTech africain. Elle réduit ainsi les quatre barrières, facilitant l’adoption d’une véritable percée EdTech à l’échelle du continent.
3. Les cinq piliers
Le V&P structure son action autour de cinq piliers complémentaires. Chacun repose sur le cadre politique continental et la DPI-Ed comme base commune et interopérable.
- Alignement politique et réglementation : mise en œuvre du cadre politique, promotion des normes ouvertes, création de pôles d’harmonisation régionaux et mise en valeur des pays exemplaires.
- Technologie et infrastructure : définition du cœur de la DPI-Ed — diffusion mobile-first et offline-first, mise en cache locale, réseaux maillés, énergie hors réseau et connectivité étendue via des partenariats télécoms/satellites.
- Contenus pédagogiques numériques : développement d’une bibliothèque continentale de contenus, assurance qualité, subventions à l’innovation, incitations à l’achat public, intégration des évaluations et de l’analytique de l’apprentissage.
- Développement professionnel des enseignants : intégration de l’EdTech dans la formation initiale, modules mobiles de formation continue, communautés de pratique.
- Données, suivi et recherche : systèmes de données alignés sur les ODD et respectueux de la vie privée, recherche longitudinale sur l’apprentissage, politiques fondées sur des preuves.
Parce que chaque pilier repose sur la même infrastructure et le même cadre politique, toute innovation locale devient automatiquement exploitable à l’échelle continentale.
4. Les trois phases (2024–2030)
Bien que le V&P soit publié en 2025, la phase I inclut des travaux déjà en cours :
- Phase I — Construction des fondations (2024–2026) : recherche (projet Kimotho), déploiement du cadre politique, renforcement des capacités nationales et premiers efforts d’alignement (8.1).
- Phase II — Intégration des systèmes (2026–2028) : déploiement de plateformes interopérables, contenus ouverts régionalisés, outils de données opérationnels et formation des enseignants (8.2).
- Phase III — Consolidation et exportation (2029–2030) : l’Afrique devient exportatrice d’EdTech, mise en place de référentiels continentaux, boucles de rétroaction politique et création du Hub panafricain d’innovation et de recherche EdTech (8.3).
5. Conclusion
L’Afrique se trouve à un point d’inflexion démographique et technologique, mais l’accès à un apprentissage numérique de qualité demeure inégal et fragile. Tant que les barrières politiques, technologiques et liées aux données resteront élevées, l’excellence restera confinée à des contextes isolés.
Grâce à un cadre politique continental et à une infrastructure publique numérique partagée pour l’éducation, African EdTech 2030 : Vision & Plan d’AUDA-NEPAD s’attaque directement aux facteurs de fragmentation du paysage EdTech africain.
Bien que l’Union africaine ne puisse imposer un nouveau modèle économique pour l’EdTech, le V&P en crée les conditions préalables. Sans harmonisation politique ni infrastructure interopérable à l’échelle continentale, aucun modèle économique ne peut dépasser le stade du pilote.
Le V&P ne garantit pas des résultats immédiats. Il propose des changements systémiques susceptibles de faire passer l’EdTech africain de succès isolés à une faisabilité continentale.
Par Jim Plamondon


















