Tendances

Quand le nombre de portables dépasse le nombre d’habitants

Kids_and_Stores_in_Joe_Slovo_Park,_Cape_Town,_South_Africa-3731En 2001, près de 25 millions d’Africains possédaient un abonnement téléphonique mobile. En 2013, ce nombre est passé à 780 millions, soit une hausse de 3120 %. Il y a aujourd’hui plus de téléphones portables au Botswana, au Gabon ou encore en Namibie qu’il n’y a de citoyens dans ces pays.

Par Steven Blum

Il n’est pas surprenant que de telles statistiques poussent les stratèges de l’éducation à rêver d’un futur où les téléphones portables rebattraient les cartes de l’enseignement, offrant de nouvelles orientations pour le « peer-to-peer » et fournissant des cours à distance par le biais des réseaux sociaux.

Le besoin en solutions créatives ne cesse de croître dans le monde de l’éducation, en raison notamment du manque d’instituteurs en Afrique. En vue de prodiguer un enseignement de qualité à chaque élève, on estime qu’il faudrait engager environ 350 000 enseignants par an en Afrique subsaharienne dès 2015.

Dans un rapport publié en 2012, l’UNESCO prédisait déjà une métamorphose de l’éducation qui ne se concentrerait plus uniquement sur la seule salle de classe, mais accompagnerait le quotidien des apprenants (en attendant le bus, après le sport, et, en définitive, partout où un réseau est disponible). Les téléphones portables jouent déjà un rôle important dans le développement des compétences dans de nombreux champs d’action, notamment l’agriculture et les soins de santé, ils peuvent également aider à trouver un emploi grâce aux jobs assistés par la technologie mobile.

La semaine dernière s’est tenue, sous l’égide de l’UNESCO, une « semaine de l’apprentissage mobile » dont le but était d’explorer les voies à suivre par les enseignants désirant créer des pédagogies mobiles et utiliser les technologies afin de faire progresser leur propre développement professionnel. L’UNESCO considère les technologies mobiles comme une solution « personnalisée, portable, collaborative, interactive et contextuelle » aux défis proposés par l’éducation dans le monde.

Il a été souligné au cours de cette semaine que les appareils mobiles sont en soi des outils de création et non pas de simples « plateformes d’applications »- – les étudiants en voyage, par exemple, peuvent documenter ce qu’ils voient et expérimentent à l’aide de leurs portables, et interagissent ainsi avec un réseau mondial.

Les experts mettent cependant en garde : pour que l’apprentissage mobile fonctionne, il lui faut exister au sein des systèmes éducatifs en place, il ne doit pas chercher à s’y substituer. «L’idée selon laquelle le « technocentrisme », ou des solutions uniquement basées sur le contenu, sont en mesure de relever les importants défis éducatifs, doit être éradiquée », écrit Niall Winters dans le Guardian. « La marginalisation des enseignants, et a fortiori des étudiants, ne peut être endiguée que par la compréhension de la pratique enseignante, par la conception commune des cours et la formation des professeurs » souligne l’auteur de l’article.

Quoiqu’il en soit, et comme le précise Steve Vosloo de la BBC, spécialiste en techniques d’apprentissage mobile : « Dans bien des pays, les portables sont le seul moyen d’accéder au support écrit, tout particulièrement dans les zones rurales, du fait du prix des livres et de leur rareté ».

Afin de prospérer, les initiatives doivent non seulement répondre à la demande locale, mais également correspondre aux infrastructures mobiles régionales. Des initiatives telles que la plateforme sud-africaine d’apprentissage T-Mobile Edunex permettent la communication entre enseignants et étudiants par courriels, chat rooms, forums et classes virtuelles. Jusqu’à présent, le projet a attiré 30 000 élèves venant de 100 établissements scolaires différents.

D’autres projets ont connu un grand succès en répondant à des besoins spécifiques. Dr. Maths, un service permettant le contact entre des élèves et des professeurs de mathématiques, coûte moins cher que le prix d’envoi d’un SMS et propose un soutien scolaire 24 heures sur 24. Dans le même temps, Yoza Cellphone Stories, qui autorise le téléchargement de nouvelles et romans, a accueilli 470 000 visites et lectures des histoires et poèmes proposés, et, depuis que projet a vu le jour, des dizaines de milliers de commentaires d’utilisateurs sont venus enrichir le site.

Il semble évident que l’utilisation des technologies déjà disponibles est une stratégie bien plus viable que le développement de programmes impliquant l’usage de matériel onéreux, telles les tablettes par exemple. Le défi à relever sera de pousser les enseignants à s’investir dans la création de ces programmes, tout en leur proposant les formations nécessaires à la matérialisation de leurs idées en actions.

Une panacée éducative n’existe malheureusement pas pour résoudre la crise de l’enseignement en Afrique. En vue de toucher le plus grand nombre, les initiatives doivent s’adapter aux différentes infrastructures et aux besoins locaux. Il semble néanmoins évident que l’apprentissage mobile présente un grand potentiel, en mesure notamment de parfaire l’enseignement traditionnel sur l’ensemble du continent Africain.

One Comment

  1. Une hausse des abonnements de 3120 % ! C’est incroyable !

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