Sur le terrain

Rôle des bibliothèques publiques dans la réalisation des objectifs de développement nationaux

5552982644_cc138b9230_oEn Afrique, l’accès à l’information est un obstacle fondamental au développement. La population de jeunes augmente plus vite que dans toute autre région du monde. Ces jeunes (15 à 24 ans) représentent 20 % de la population du continent, mais aussi 60 % des chômeurs. Avec l’arrivée massive de ces jeunes dans les villes, les anciennes méthodes de transmission de l’information par voie orale au sein des communautés est devenue obsolète. Il va donc falloir créer de nouvelles méthodes d’engagement, de formation et d’emploi des jeunes.

par Tewodros Alemayehu

 

Ce travail de recherche fait partie des missions de l’IREX (Bureau International de Recherche et d’Échanges). Fondé en 1968, l’IREX est une organisation à but non lucratif qui œuvre à l’utilisation innovante des technologies pour « favoriser l’émergence d’un changement positif durable au niveau mondial ». Le Bureau dispose d’un portefeuille annuel de plus de 70 millions de dollars et emploie plus de 400 personnes à travers le monde, avec des partenaires dans plus d’une centaine de pays. L’organisation reconnaît que l’Afrique est confrontée à d’importantes difficultés de développement, qui proviennent non seulement du fort taux de chômage des jeunes, mais aussi d’une répartition inégale des ressources (particulièrement entre les zones rurales et urbaines), du faible nombre de jeunes inscrits dans les établissements d’enseignement et des multiples obstacles qui barrent l’accès aux ressources de santé.

 

L’IREX considère comme essentiel le rôle des « services d’information » dans les plans de développement nationaux. En effet, éduquer les citoyens équivaut à les doter des outils et des ressources dont ils ont besoin pour lutter contre ces inégalités tout en favorisant leur autonomisation économique.

 

Le débat a fait rage autour du rôle émergeant des technologies d’e-learning dans ce paysage urbanisé, mais les bibliothèques publiques ont souvent été exclues de la discussion. L’IREX estime, pour sa part, que ces dernières devraient être considérées comme une ressource essentielle capable de consolider l’e-learning et de favoriser l’engagement des jeunes. Les bibliothèques publiques fournissent « des informations de santé, des solutions de formation de la population active, des ressources agricoles et des possibilités d’enseignement en faisant souvent appel aux technologies pour enrichir le processus ».

 

C’est ainsi que l’IREX a conçu le projet « Beyond Access ».

 

Ce mouvement mondial rassemble des personnes et des organisations qui croient fermement à l’utilisation des « bibliothèques comme moteurs du développement ». Il sert de plate-forme de partage de connaissances à une large communauté en ligne tout en offrant des possibilités de financement, de voyage et de formation. Dans le même temps, il aide les bibliothèques à mettre en place des partenariats et à gérer des projets destinés à favoriser l’amélioration sociale et économique des communautés locales.

 

En collaboration avec les gouvernements et les organisations humanitaires, Beyond Access espère permettre aux bibliothèques de contribuer aux objectifs de développements locaux tout en favorisant l’intégration numérique au niveau national. En partenariat avec « Friends of Beyond Access », le projet apporte des financements pour aider à la réalisation de ces objectifs et documente les méthodes mises au point afin que d’autres communautés puissent les utiliser.

 

L’Afrique compte plus de 6 000 bibliothèques publiques. L’IREX reconnaît que « les bibliothèques publiques africaines, et particulièrement ougandaises, ont peu à peu créé de nouveaux services adaptés à une société de l’information en constante évolution ». Par l’intermédiaire de Beyond Access, l’IREX a supervisé une bonne partie de ces développements et souhaite en présenter quelques-uns à la conférence 2014 eLearning Africa qui aura lieu en Ouganda.

 

Hellen Muyomba parlera, par exemple, des programmes mis au point par la Bibliothèque nationale ougandaise. Créée en 2003, celle-ci est bien plus qu’un simple dépôt de livres. Soutenu par l’EIFL (Electronic Information for Libraries), un programme s’occupe, par exemple, d’enseigner aux jeunes les rudiments de l’informatique. Il apporte ainsi une aide directe aux membres de la communauté locale en renforçant leurs compétences et leurs capacités d’insertion professionnelle et en leur permettant d’accéder à des informations sur les offres d’emploi. La bibliothèque est également en train de mettre au point un programme destiné à « aider les adolescentes enceintes à utiliser les technologies pour accéder à des informations qui leur permettront d’améliorer leur santé et leurs modes de subsistance ».

 

La bibliothèque de la communauté de Kitengesa gère de nombreux programmes similaires. Elle a vu le jour en avril 1999 avec une caisse de livres, 13 étudiants et l’enthousiasme des deux fondateurs, Emmanuel Mawanda et le Dr Kate Parry. Elle dessert maintenant une communauté de plus de 700 personnes. En partenariat avec l’organisation humanitaire AIDS, elle apporte des services de conseil et de dépistage du VIH/SIDA aux membres de la bibliothèque. De même, avec le soutien de l’EIFL, du gouvernement du district de Busia et de l’Association des bibliothèques communautaires ougandaises, elle « forme des élèves de l’école des sourds voisine à l’utilisation de Skype pour communiquer avec d’autres personnes dans le monde entier ». Une telle coopération interorganisationnelle est représentative du genre de réseau d’assistance que Beyond Access souhaite promouvoir et développer.

 

Outre les exemples de l’Ouganda, l’IREX présentera les programmes d’autres bibliothèques du continent. Par exemple, l’Autorité des bibliothèques du Ghana à Tamale a obtenu deux subventions de l’EIFL-FLIP pour des initiatives qui intègrent des services liés à la technologie, à la santé publique et aux bibliothèques. Son programme « Technologie pour la santé maternelle » utilise « Internet, les téléphones portables et la radio pour créer des réseaux entre les femmes enceintes et les travailleurs de santé et réduire ainsi le taux de mortalité maternelle dans le nord du Ghana ». La bibliothèque a également collaboré avec des groupes multimédias pour soutenir un programme de formation des jeunes aux TIC baptisé « 4kidz ».

Ces projets (axés sur les bibliothèques locales en collaboration avec un réseau international de financements et de connaissances) sont une ébauche de réponse aux difficultés que rencontrent les acteurs du développement en Ouganda et dans toute l’Afrique à l’ère hyper-urbanisée d’Internet. L’IREX est optimiste quant au rôle que la technologie peut jouer pour améliorer l’échange d’informations publiques. Mais, comme l’admettent volontiers les programmes tels que Beyond Access, les communautés parviendront plus facilement à surmonter les obstacles si elles collaborent au niveau international.

Un Commentaire

  1. Serra perez, Arturo dit:

    Madame, monsieur,

    Je viens de visiter et apprécier votre page web. Concernant l’Afrique je trouve votre travail vraiment intéressant.
    Je suis économiste et chercheur préparant un travail concernant les bibliothèques publiques en Afrique.

    J’axe les bibliothèques publiques en Afrique avec leurs adresses.

    Je vous remercie de m’envoyer une listing avec des bibliothèques publiques et leurs adresses ou des renseignements.

    Merci et recevez mes cordiales salutations

    Arturo Serra Perez

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